CHAPITRE XIV.
Comment Charles, ayant appris le retour de Rollon, lui demanda et obtint une paix de trois mois, et comment, ce délai expiré, Rollon envoya les siens jusqu’en Bourgogne, pour enlever du butin de tous côtés.
OR le roi Charles ayant appris que Rollon était de retour du pays des Anglais, après avoir heureusement accompli son expédition, lui envoya Francon, archevêque de Rouen, pour lui demander de s’abstenir de faire du mal aux Francs et de lui accorder une trève de trois mois. Cette trève ayant été consentie, la terre [p. 49] respira quelque peu des ravages des Païens. Or, lorsque les trois mois furent passés, Rollon, se croyant méprisé par les Francs, à cause du repos qu’il leur avait accordé, dévasta rudement et cruellement les provinces, et se mit déchirer, à désoler et à détruire le peuple. Ses hommes se rendant en Bourgogne et naviguant sur les rivières de l’Yonne et de la Saône, dévastant de tous côtés toutes les terres situées sur les bords des rivières jusques à Clermont, envahirent la province de Sens, et ravageant tout ce qu’ils rencontraient, revinrent à la rencontre Rollon auprès du monastère de Saint-Benoît. Or Rollon voyant ce monastère ne voulut pas le violer, et ne permit pas que le pays fût livré au pillage, par égard pour saint Benoît; mais il se rendit à Etampes, détruisit tout le territoire environnant, et fit un grand nombre de prisonniers. De là se dirigeant vers Villemeux, il ravagea tout le pays voisin, et se hâta ensuite de retourner à Paris.
CHAPITRE XV.
Comment, tandis que Rollon assiégeait la ville de Chartres, Richard, duc de Bourgogne, s’élança sur lui avec son armée et l’armée des Francs; et comme Rollon résistait vigoureusement, Anselme, l’évêque, sortit à l’improviste de la ville avec des hommes armés, portant la tunique de la sainte Mère de Dieu, et attaqua Rollon sur ses derrières. Rollon céda alors non aux Bourguignons, mais à la puissance divine.
ENFIN Rollon investit et assiégea la ville de Chartres, et, tandis qu’il l’attaquait avec des machines [p. 50] et des engins de guerre, Richard, duc de Bourgogne, survenant avec son armée et avec l’armée des Francs, se précipita sur lui. Rollon se battant avec Richard lui résista vigoureusement, jusqu’à ce que Anselme, l’évêque, sortant à l’improviste de la ville avec des hommes armés et portant sur lui la tunique de sainte Marie, mère de Dieu, attaqua Rollon sur ses derrières et lui tua beaucoup de monde. Alors Rollon se voyant sur le point de périr avec tous les siens, résolut sur-le-champ de se retirer devant les ennemis, plutôt que de combattre au détriment de ses compagnons; et ainsi il abandonna le combat par une sage résolution et non point par lâcheté.