CHAPITRE IX.

Comment les Normands ramenèrent de France leur seigneur Richard, et rendirent les otages. — Retour du roi Hérold en Danemarck.

APRÈS cela les Normands, envoyant un message à Bernard de Senlis, ramenèrent de ce lieu leur seigneur Richard avec une grande armée. A l’époque fixée par avance, le roi à la tête d’un corps nombreux de chevaliers, se rendit avec les évêques de France et avec Hugues-le-Grand sur les rives de l’Epte, et, [p. 92] de leur côté, les Normands se présentèrent sur l’autre rive avec le jeune Richard. Les députés des deux partis ayant fait plusieurs messages, par la bonté du Christ, la paix fut rétablie entre eux, et confirmée par un traité solide et par les sermens, et les otages furent rendus, le fils du roi étant mort à Rouen auparavant. Les choses ainsi bien arrangées, le roi retourna à Laon, et le jeune Richard à Rouen. Mais Raoul le Tort, gouverneur de la ville, recommença tout aussitôt à le maltraiter et à faire souffrir ses domestiques de la faim, ne voulant leur donner que douze écus pour leur entretien de tous les jours. C’est pourquoi le duc, transporté d’une violente colère, le chassa sur-le-champ de la ville, et le força de se rendre à Paris auprès de son fils, évêque de cette ville. A la suite de cet événement, la terre de Normandie recouvra le repos, sous le gouvernement de son duc. Peu de temps après, le roi Hérold retourna en Danemarck, et se réconcilia avec son fils Suénon.


CHAPITRE X.

Comment Hugues-le-Grand fiança sa fille Emma avec le duc Richard, en sorte que le roi Louis, et Arnoul, comte de Flandre, effrayés, demandèrent au roi Othon son secours contre Hugues-le-Grand et le duc Richard; et comment Othon, après avoir dévasté le territoire de Hugues-le-Grand, entreprit d’assiéger Rouen.

APRÈS cela le duc Hugues, voyant que le jeune Richard reprenait des forces, et ayant obtenu le [p. 93] consentement de Bernard de Senlis, les deux parties contractantes s’engagèrent mutuellement par serment, et Hugues promit à Richard sa fille, nommée Emma, afin que, parvenu à l’âge de puberté et dans la fleur de la jeunesse, il s’unît avec elle par la loi du mariage. Cet événement effraya beaucoup le roi Louis et la plupart des grands seigneurs Francs, et plus particulièrement Arnoul de Flandre, inventeur de tant d’artifices contre Richard. Louis apprenant que ces deux hommes, maîtres de très-grandes forces, s’étaient unis par de tels liens d’amitié, et craignant que leurs efforts ne parvinssent à lui enlever son royaume, de l’avis d’Arnoul de Flandre, envoya celui-ci auprès d’Othon, roi au delà du Rhin, lui mandant que s’il écrasait entièrement Hugues-le-Grand, et soumettait à sa domination la terre de Normandie, lui, Louis, n’hésiterait certainement point à lui livrer en échange le royaume de Lorraine, qui avait été promis à son père Henri, roi d’au delà du Rhin, à la suite de l’heureuse bataille livrée contre Robert dans les plaines de Soissons, et dans laquelle le roi Henri avait prêté secours au roi Charles, père de Louis. Le roi Othon tout joyeux d’apprendre ce qu’il desirait dès longtemps, fit préparer tout ce qui pouvait lui être utile et nécessaire pour une si grande entreprise, sortit de son royaume, semblable à une tempête terrible, et, ayant rallié les armées du roi Louis et d’Arnoul de Flandre, se précipita sur Hugues-le-Grand, avec de nombreuses légions de chevaliers. Après avoir détruit tout ce qu’il trouva appartenant à celui-ci en dehors des villes, il porta tout le poids de la guerre contre les Normands, afin de les expulser du pays, et [p. 94] envoya en avant un sien neveu, avec beaucoup de chevaliers, pour répandre la terreur dans la ville de Rouen. Ce dernier s’en étant approché, et ayant trouvé les Normands cachés derrière leurs remparts, s’imagina qu’ils étaient tous hors d’état de combattre, et en conséquence ayant rassemblé ses chevaliers, il alla attaquer vivement les portes. Mais alors les Normands ouvrant tout à coup ces mêmes portes, s’élancèrent sur eux avec la plus grande fureur, et firent un si grand carnage parmi leurs ennemis qu’ils tuèrent le neveu du roi sur le pont même, et qu’il n’y eut qu’un bien petit nombre d’hommes qui s’échappèrent de ce combat.


CHAPITRE XI.

Comment l’empereur Othon, le roi Louis et Arnoul de Flandre, abandonnèrent honteusement le siége de Rouen, et prirent la fuite. — Mort du roi Louis, qui eut pour successeur Lothaire, son fils.