Comment le roi Guillaume étant retourné en Angleterre, Henri se remit en possession du comté de Coutances.
OR le roi Guillaume étant retourné en Angleterre, Henri se hâta, du consentement du roi son frère et avec les secours de Richard de Revers et de Roger de Magneville, de reprendre possession en majeure partie du comté de Coutances, qui auparavant lui avait été frauduleusement enlevé. Et comme dans cette affaire, ainsi que dans toutes les occasions où il en avait eu besoin, Hugues, comte de Chester, lui était demeuré fidèle, Henri lui fit concession intégrale du château que l’on appelait de Saint-Jacques où ce même comte n’avait à cette époque d’autre droit que celui de garder la citadelle. Le roi des Anglais, Guillaume l’Ancien, avait fondé ce château, sur les confins de la Normandie et de la Petite-Bretagne, avant son expédition en Angleterre, à l’époque où il conduisit une armée contre Conan, comte de Bretagne et fils d’Alain son cousin, qui ne voulait pas se soumettre à lui. Et afin que les brigands affamés de la Bretagne ne fissent plus de mal, par leurs excursions [p. 249] dévastatrices, aux églises désarmées, ou au petit peuple de son territoire, et pour les mieux repousser, le roi Guillaume, après avoir fondé ce château, l’avait donné à Richard, gouverneur d’Avranches, père du susdit comte Hugues.
CHAPITRE V.
Comment les gens du Maine, voyant le duc Robert retenu en Normandie par toutes sortes de difficultés, prirent pour comte Hélie, fils de Jean de La Flèche.
CEPENDANT les gens du Maine, voyant le duc Robert retenu en Normandie par toutes sortes de troubles, tinrent conseil avec Hélie, fils de Jean de La Flèche, homme rempli de vigueur et d’habileté et le plus puissant de la province, et résolurent que celui-ci épouserait la fille d’un certain comte de Lombardie, petite-fille de Herbert, ancien comte du Mans, par sa fille aînée, espérant par ce moyen pouvoir secouer le joug des ducs de Normandie. Ils n’eurent pas besoin de grands efforts pour persuader au jeune homme d’entrer dans leurs vues, car déjà et depuis long-temps celui-ci avait prévenu leur invitation par ses vœux, en sorte qu’il ne mit aucun retard à réaliser leurs espérances et leurs projets. Ni lui ni ses conseillers ne se laissèrent détourner de cette tentative de rébellion, par la pensée que dans les temps anciens le pays du Maine avait été soumis aux ducs de Normandie, ni par ce souvenir plus récent que de notre temps le [p. 250] très-noble duc de Normandie, Guillaume, devenu plus tard heureux conquérant de l’Angleterre, avait délivré les gens du Maine de la tyrannie de Geoffroi Martel l’Ancien, et les couvrant de ses ailes protectrices, tant qu’il vécut, les avait gouvernés comme ses propres sujets, et laissés à gouverner à ses successeurs, au moment de sa mort; d’où il résulta qu’en effet, peu de temps après la mort de ce roi, le duc Robert, dans les premiers momens où il prit possession de son duché, conduisit une armée de Normands contre les gens du Maine, qui avaient voulu tenter audacieusement une première rébellion, et les comprima sur leur propre territoire.
CHAPITRE VI.
Comment Anselme, abbé du Bec, ayant été promu à l’archevêché de Cantorbéry, Guillaume, moine du même lieu, lui succéda.
DANS le même temps, Anselme, abbé du Bec, ayant été appelé à l’archevêché de Cantorbéry, eut pour successeur dans le gouvernement de cette abbaye, Guillaume de Beaumont, homme recommandable par ses sentimens religieux, et moine dans le même monastère. Deux ans après, le pape Urbain étant venu dans les Gaules, assembla un concile dans la ville d’Auvergne, autrement nommée Clermont, pour y traiter des affaires de l’Eglise. Entre autres sages dispositions qu’il prit dans cette assemblée, le pape exhorta tous les fidèles, tant présens qu’absens, à faire le voyage de Jérusalem, pour obtenir la rémission [p. 251] de leurs péchés, et pour délivrer les lieux saints de la domination des Païens, qui les occupaient alors et les souillaient de leur présence.