LA seconde Mathilde, reine des Anglais, et mère de l’impératrice, étant morte, comme je l’ai rapporté plus haut, le roi Henri épousa Adelise, fille de Godefroi, comte de Louvain, et cousine d’Eustache, comte de Boulogne; mais, il n’eut point d’enfant de ce mariage. Le même roi cependant eut six fils et [p. 285] sept filles, nés, ainsi que je viens de le dire, d’une manière moins honorable. Or son premier né, nommé Robert, fut marié par son père à une très-noble jeune fille, nommée Sibylle, fille de Robert, fils d’Aimon, et petite-fille, par sa mère Mabille, de Roger de Mont-Gomeri, père de Robert de Bellême, et en même temps son père lui concéda le très-vaste héritage qui appartenait à cette jeune fille en vertu de ses droits, tant en Normandie qu’en Angleterre. Robert eut de ce mariage cinq fils, savoir Guillaume son fils premier-né, et ses quatre frères, et en outre une fille. Or l’héritage que Robert obtint en même temps que la main de cette jeune fille, avait pour chef-lieu le bourg que l’on appelle, Thorigny, situé sur les confins des comtés de Bayeux et de Coutances, à deux milles environ en deçà de la rivière de la Vire, qui sépare ces deux comtés. Après qu’il eut pris possession de ses droits, Robert, le fils du roi Henri, mit cette place à l’abri de toute tentative ennemie, en faisant construire de hautes tours et des remparts très-solides, en creusant des fossés taillés sur la montagne dans le roc vif, et en l’entourant de tous côtés de grandes piscines où l’on recueillait les eaux. Et quoique le territoire environnant soit peu propre à produire beaucoup de grains, le bourg de Thorigny est cependant très-peuplé, il y a des marchands de toutes sortes d’objets, il est orné de beaucoup d’édifices, tant publics que particuliers, et l’or et l’argent y sont en abondance. Le roi donna en outre à son fils la terre d’Aimon, le porte-mets, oncle paternel de son épouse. De plus, et comme il n’eût pas suffi que le fils du roi possédât de vastes domaines, s’il n’avait en même [p. 286] temps un nom et les honneurs d’une dignité publique, son père lui donna, dans sa bonté, le comté de Glocester. Richard, frère de ce comte Robert, comme fils du même père, périt avec son frère Guillaume, dans le naufrage dont j’ai déjà parlé. Les autres trois frères, savoir, Rainaud, Robert et Gilbert, sont encore jeunes et sans établissement. Le quatrième, savoir Guillaume de Tracy, sortit de ce monde peu de temps après la mort de son père. L’une des filles du roi, nommée Mathilde, épousa le comte du Perche, Rotrou, et lui donna une fille. Cette même Mathilde se noya dans la suite avec ses frères, lors du même naufrage. Une autre fille du roi, également appelée Mathilde, fut donnée en mariage à Conan, comte de la Petite-Bretagne, qui eut d’elle un fils nommé Hoel, et deux filles. La troisième fille du roi, Julienne, fut mariée à Eustache de Pacy, dont elle eut deux fils, Guillaume et Roger. La quatrième épousa Guillaume Goel. La cinquième se maria avec le vicomte de Beaumont, dont le château est situé dans le pays du Mans. La sixième a épousé Matthieu, fils de Burchard de Montmorency. La septième, fille d’Elisabeth, sœur de Galeran, comte de Meulan, n’est pas encore mariée.
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CHAPITRE XXX.
Geoffroi, archevêque de Rouen, qui depuis long-temps avait succédé à Guillaume, étant mort, Hugues, abbé de Radinges fut promu à ce siége.
VERS ce même temps, Geoffroi, archevêque de Rouen, étant décédé, Hugues, premier abbé de Radinges, lui succéda. Peu de temps s’était écoulé, lorsque le pape Innocent II vint à Rouen pour visiter le roi Henri, lequel l’accueillit et le traita avec les plus grands honneurs, comme il était convenable à l’égard du seigneur apostolique. Long-temps auparavant, le même roi avait également reçu royalement, dans son château de Gisors (situé sur les limites de son duché), et renvoyé chargé de riches présens le pape Calixte, qui s’était rendu auprès de lui pour traiter des affaires de l’Eglise.
CHAPITRE XXXI.
Des châteaux que le roi Henri bâtit dans son duché de Normandie. — Comment il maintint la paix par sa sagesse, non seulement dans ses États, mais encore dans des contrées très-éloignées.
OR le roi Henri fit construire un grand nombre de châteaux, tant dans son royaume que dans son duché, et répara presque toutes les forteresses bâties par ses prédécesseurs, et même les villes les plus antiques. Voici les noms des châteaux qu’il éleva en Normandie sur les confins de son duché et des provinces voisines: [p. 288] Driencourt, Neufchâtel, sur les bords de la rivière d’Epte, Verneuil, Nonancourt, Bon-Moulins, Colme-Mont [30], Pontorson et d’autres encore, que je m’abstiens de nommer, pour ne pas m’arrêter plus long-temps.