VII.—Car mon faible coeur va soupirant; il reconnaît que je me fourvoye et il me voit maigrir tous les jours; ainsi mon intelligence et mon corps vont changeant, comme si l'âme devait sortir du corps; et mes soupirs m'angoissent au point que peu s'en faut qu'ils ne viennent au dernier.
VIII.—Je prie Mon Ereubut et je lui mande qu'il fasse entendre ma chansonnette à la noble Comtesse honorée; et s'il s'y trouve quelque mot malséant, qu'on ne m'en tienne pas rigueur; car j'ai tant de tristesse et de souci que je ne sais ce que je dis.
Notes:
Texte de Raynouard, Choix, III, 130; reproduit dans Mahn, Werke der Troubadours, I, 134-136. Au v. 18 nous changeons qu'il en que·lh.
Diez (Leben und Werke, 2e éd., p. 100) voit une obscénité dans le dernier vers de la strophe VII, où derrier signifierait le derrière: et il en rapproche le mot malestan du v. 53; nous ne sommes pas de son avis. Le mot malestan pourrait s'appliquer aux termes médicaux dieta, traitura; derrier ne parait pas avoir eu en ancien provençal le sens de derrière.
La mention de Mon Ereubut, qui était peut-être un jongleur, se retrouve dans la chanson Non puesc sofrir.
La Comtesse pourrait être la comtesse de Toulouse.
On remarquera, au point de vue de la syntaxe, l'emploi fréquent, dans cette pièce, du verbe anar avec un gérondif: il n'y en a pas moins de huit exemples.
Hippocrate (v. 19) est cité plusieurs fois dans des traités didactiques (cf. notre Onomastique des Troubadours), mais non dans des textes lyriques.
Notes:
Texte de Raynouard, Choix, III, 130; reproduit dans Mahn, Werke der Troubadours, I, 134-136. Au v. 18 nous changeons qu'il en que·lh.
Diez (Leben und Werke, 2e éd., p. 100) voit une obscénité dans le dernier vers de la strophe VII, où derrier signifierait le derrière: et il en rapproche le mot malestan du v. 53; nous ne sommes pas de son avis. Le mot malestan pourrait s'appliquer aux termes médicaux dieta, traitura; derrier ne parait pas avoir eu en ancien provençal le sens de derrière.
La mention de Mon Ereubut, qui était peut-être un jongleur, se retrouve dans la chanson Non puesc sofrir.
La Comtesse pourrait être la comtesse de Toulouse.
On remarquera, au point de vue de la syntaxe, l'emploi fréquent, dans cette pièce, du verbe anar avec un gérondif: il n'y en a pas moins de huit exemples.
Hippocrate (v. 19) est cité plusieurs fois dans des traités didactiques (cf. notre Onomastique des Troubadours), mais non dans des textes lyriques.
I.—Le doux chant que j'entends de l'alouette qui chante en ce moment, la douceur du printemps et la fine odeur des fleurs me donnent envie de chanter; aussi je veux aussitôt commencer un nouveau vers pour me réconforter moi-même; car Amour me presse fortement et me donne grande douleur; et cependant toujours je chante, je me réjouis et folâtre.
II.—Et je fais comme la salamandre, qui est d'une «froideur» si rude qu'elle vit dans le feu et qu'elle éteint la flamme sans en avoir nul dommage; ainsi moi, par bonne affection, j'étreins ce qui devrait me brûler; et il me semble que, si je ne me trompe pas, je m'améliore. Il n'y a pas eu au monde de si grand seigneur, comme je le serai quand ma dame en verra l'occasion (ou plutôt: quand il plaira à ma dame).
III.—Cependant, si on me donnait Alexandrie, je ne voudrais pas changer pour nulle autre celle qui est fleur de Jeunesse et saveur de Joie; car de mon vivant je ne pourrais en trouver d'aussi agréable, ni d'aussi aimable en paroles amoureuses: aussi je veux l'aimer, car elle m'a fait gagner en valeur et monter en honneur; et s'il lui plaît, elle peut encore me faire d'autres dons.
IV.—Car ce qui vaut mieux qu'Alexandrie et mieux que nulle autre richesse, c'est son amour qui m'enlèvera deuil et pleurs, qui me donnera joie convenable et me fera rester gai et joyeux. Aussi dois-je bien me réjouir et honorer davantage celle dont j'ai la faveur...
Notes:
Texte du ms. I, d'après Mahn, Gedichte der Troubadours, No611. Le texte ne se retrouve que dans le ms. K (apparenté à I) et dans Da. Voici les principales corrections que nous avons faites au texte de I:
V. 5, Eissamen manque dans le ms. V. 6, ms. neu. V. 8, ms. grat nat dolor. V. 12, ms. es foc en la ch. V. 13, ms. estreing si que uoïl uotz ment. J'adopte la correction de M. Jeanroy, Annales, XXXI, 220. V. 15, ms. que debra brusar. V. 16, ms et al.
Au v. 27, la rime paraît avoir amené la forme poc an lieu de pot. La 4e strophe est incomplète; il y a anacoluthe dans les cinq premiers vers; mais on peut l'éviter en lisant me an lieu de quem, au v. 30.