X [No 12 de Bartsch]. I. Pos lo prims verjans brotona
De que nais lo frug e·l fuelh,
E·l rossinhols s'abandona 3
De chantar per mieg lo bruelh,
Bela m'es la retindida
Que fai per mieg la giardina. 6 II. Drutz que pros don' abandona
Ben laus que·s gart de jangluelh,
Que lauzengier, bec d'ascona, 9
(Car son plan en far lur truelh)
Ab lor mensonja forbida
Cujon falsar amor fina. 12 III. Qui de joi porta corona
Ben es dreg c'om l'en despuelh,
Si ves sa dona tensona 15
O totz sos fatz non acuelh,
Que amors es tan chauzida
C'ab humilitat s'aizina. 18 IV. Gellosia·m tol e·m dona
So que pus am e mais vuelh;
A me non cal, qui q'en grona, 21
Pueys que dossamens m'acuelh
Ma domna cui fin Joys guida
E Pretz e Jovens aclina. 24 V. Si ma domna no·m perdona,
Grieu viurai mais ses corduelh,
E vueilh q'om viu me repona, 27
Qar anc li mostriei ergueilh;
Mas dretz es qi merce crida
Que trueb de son mal mescina. 30 VI. Tan com la mars avirona
N'ay triat, ses dig baduelh,
La gensor e la pus bona 33
C'oncas vezesson miey huelh,
Blanca, fresc' e colorida,
Et es de bona doctrina. 36 VII. Lai al renc de Barsalona
Estay l'amors c'amar suelh;
E qui d'autr'amor me sona 39
Perda Dieus que non l'acuelh;
Qu'ieu non partray a ma vida,
Tant es de bona razina. 42 VIII. Le vers s'a hueimais fenida
Q'En Gintartz d'Anton l'afina. 44

I.—Au moment où la première branche fait éclore ses bourgeons, d'où naît le fruit et la feuille, et où le rossignol s'abandonne au chant, au milieu du bocage, il m'est agréable d'entendre l'écho de ce chant qu'il fait retentir dans le jardin.

II.—A un amant qui abandonne une noble femme je conseille qu'il se garde de bavardage, car les médisants au bec affilé (et ils sont habiles à faire leur tromperie) avec leurs mensonges doucereux pensent fausser l'amour parfait.

III.—Qui porte une couronne de joie, il est bien juste qu'on l'en dépouille, s'il se querelle avec sa dame ou s'il n'approuve pas tous ses actes; car Amour est si indulgent qu'il vit avec la bonté.

IV.—Jalousie m'enlève et me donne ce que j'aime et désire le plus; peu m'importe, qui qu'en grogne, puisqu'elle m'accueille doucement, ma Dame, qu'Amour partout guide et devant qui s'inclinent Mérite et Jeunesse.

V.—Si ma Dame ne me pardonne, je vivrai désormais difficilement sans chagrin; et je veux qu'on m'ensevelisse vivant, car jamais je ne lui témoignai de l'orgueil; mais il est juste que celui qui crie pitié trouve un remède à son mal.

VI.—Par toutes les terres que la mer environne, j'ai choisi, sans exagération (sans mentir?) la plus noble et la meilleure que jamais aient vue mes yeux, blanche, fraîche, colorée, et de si bonnes manières!

VII.—Là-bas, au royaume de Barcelone, se trouve l'Amour que j'ai coutume d'aimer, et qui me parle d'autre amour, que Dieu le confonde, car je ne l'accueille pas; je ne m'en séparerai pas de toute ma vie, tellement il est bien enraciné.

VIII.—Le vers a maintenant sa fin, car Gintartz d'Anton le termine (?).

Notes:

Nous donnons le texte de cette pièce d'après Raynouard, Choix, V, 326 (reproduit dans Mahn, Werke, I, 138); nous complétons le texte de Mahn-Raynouard en ajoutant la strophe V et la tornada d'après Mahn, Gedichte der Troubadours, No792 (ms. M). La pièce se trouve dans les mss. Da M R sous le nom de Peire Raimon, et dans les mss. l K d (qui forment un même groupe) sous le nom de Uc de la Bacalaria. L'attribution à Peire Raimon paraît sûre.

V. 6. Giardina ne paraît pas se trouver ailleurs que dans ce passage.

V. 9. Ascona, dard, lance; cf. sur ce mot la note de F. Michel, dans Hist. de la guerre de Navarre, de Guilhem Anelier, note à la p. 367. Le mot a existé en ancien espagnol: azcon, azcona; en a. fr. asconne; asc, lance, en anglo-saxon. On rattache le mot au germ. Esche, frêne, la lance étant souvent en frêne; cf. a. fr. fraisnine.

V. 44. Gintart d'Anton doit être le nom d'un chevalier catalan; mais je ne sais rien sur ce personnage.