I.—Si j'étais heureux en femmes et en amour, de toute autre richesse je serais suffisamment riche; mais les médisants mauvais m'enlèvent joie et chant. Aussi suis-je si irrité qu'il s'en faut de peu que je ne meure presque désespéré; et pourtant c'est de la folie de s'irriter pour les fautes d'autrui.

II.—Mais la faute est grande pour tout médisant qui se met à aimer [une personne] dont il ne sera jamais loué; car le mensonge et la ruse enlèvent l'honneur et causent du dommage, par suite de quoi maint homme preux et pressé (?) est déshérité. Ah! Dieu, pourquoi consens-tu qu'on supporte les torts dont on n'est pas coupable?

III.—Ce ne sont ni les vergers, ni les fleurs, ni les prés qui m'ont fait poète, mais c'est vous, vous que j'adore, dame, tellement vous me mettez en joie (ou: si vous me mettez en joie?); car cette année je n'aurais pas chanté, mais votre gentille et agréable personne et votre grande beauté me plaisent tant qu'avec mille serments sincères je ne saurais vous témoigner mon amour.

IV.—Si ma parfaite amitié avait pour vous assez de saveur pour que je fusse proclamé votre serviteur, j'aurais bien moins de chagrin, car je ne demande pas autre chose. Et un riche don accordé est loué et prisé par les connaisseurs beaucoup plus que par les médisants déplaisants.

V.—Dame, je désire que vous sachiez que votre fine couleur, votre intelligence et votre distinction et votre mérite honoré me font faire maints soupirs de désir; aussi je vous envoie que je suis votre serviteur, comme un serf acheté; et celui qui détruit son propre bien, il ne semble pas que ce soit là un bon accroissement.

Notes:

Texte de c avec les corrections indiquées par Stengel (Die altprovenzalische Liedersammlung c, NoCXVII). Nous avons fait, en dehorsdes changements purement orthographiques (lz pour z, s, z pour ç), les corrections suivantes: v. 8, c'ab pauc manque dans le ms.; v. 20, ms. borç (l. tortz), malmenenç (l. malmerenç); v. 26, ms. plesan (l. preisan). Au v. 46, nous lisons q'eus an lieu de q'eu. Au v. 49, faut-il entendre lo sieu comme un neutre ou le faire rapporter à serf?

Notes:

Texte de c avec les corrections indiquées par Stengel (Die altprovenzalische Liedersammlung c, NoCXVII). Nous avons fait, en dehorsdes changements purement orthographiques (lz pour z, s, z pour ç), les corrections suivantes: v. 8, c'ab pauc manque dans le ms.; v. 20, ms. borç (l. tortz), malmenenç (l. malmerenç); v. 26, ms. plesan (l. preisan). Au v. 46, nous lisons q'eus an lieu de q'eu. Au v. 49, faut-il entendre lo sieu comme un neutre ou le faire rapporter à serf?


XIV [No 16 de Bartsch]. I.
Si cum seluy qu'a servit son senhor
Lonc temps e·l pert per un pauc falhimen,
M'aven per so qu'avia leyalmen
Fagz sos comans de ma dona e d'amor 4
E ja d'aisso nom degr' ocaizonar
Ni mal voler ma dona, si·l plagues;
Pero be sai, quant hom plus savis es,
Adoncx si deu mielhs de falhir guardar. 8 II.
Tan tem son pretz e sa fina valor
E tant ai cor de far tot son talen,
E tan mi fan lauzengier espaven,
Per qu'ieu non aus de lieys faire clamor 12
Ni mon fin cor descobrir ni mostrar,
Mas mil sospirs li ren quec jorn per ces;
E veus lo tort de qu'ieu li suy mespres,
Quar anc l'auzei tan finamen amar. 16 III. E si·l plagues que·m fezes tan d'onor
Qu'a genolhos sopleyan humilmen
Son belh cors guay, gen format, avinen,
E·l dous esguart e la fresca color 20
Mi laissesson sospiran remirar,
Ben cre que mais no·m falhira nulhs bes;
Quar tant fort m'a s'amor lassat e pres
Que d'als non pes ni puesc mon cor virar. 24 IV. De paratge no suy ni de ricor
Que ja·m tanhes que·l fes d'amar parven,
Mas quan lo ricz sos menors acuelh gen
Dobla son pretz e·l creys mais de lauzors; 28
Per que feira ma dona ben estar,
Si qualque belh semblan far mi volgues,
Qu'en tot lo mon non es mais nulla res
Que ja ses lieis mi pogues joy donar. 32 V. Be sai qu'ieu fatz ad escien folhor,
Quar ai en lieis mes mon entendemen,
Mas non puesc als; cum plus li vau fugen,
Mais la dezir e dobli ma dolor. 36
So q'om vol fort no pot hom oblidar;
S'apres cen mals un be de lieis agues,
Be fora ricz, e sol qu'a lieis plagues
Iria·l tost denan merce clamar. 40 VI. Sa gran beutat, son gen cors nou e clar,
Son pretz, s'onor sal Dieus e·ls digz cortes,
Que res de be no·y falh mas quan merces,
Qu'ab sol aitan no·lh trobari' hom par. 44 VII. Canso, vai mi tost retrair' e comtar
Ad Auramala e di m'al pros marques
Mecier Colrat qu'en luy a tans de bes
Per qu'om lo deu Sobretotz apellar. 48

I.—Il m'en prend comme à celui qui a servi son seigneur longtemps et qui le perd par une petite faute, parce que j'avais exécuté loyalement les commandements de ma dame et d'amour; mais pour cette faute ma dame ne devrait pas, s'il lui plaisait, me reprendre ni me vouloir du mal; cependant je sais que plus un homme est sage, mieux il devrait se garder de faillir.

II.—J'ai tant de souci de sa réputation et de sa parfaite valeur (morale) et j'ai tant à coeur d'accomplir tous ses désirs, et (d'autre part) les médisants me font tant peur que je n'ose me plaindre d'elle ni découvrir et montrer le fond de mon coeur; mais tous les jours je lui donne mille soupirs comme rente; voilà la faute dont je suis coupable envers elle, c'est d'avoir osé l'aimer si parfaitement.