III.—Et s'il lui plaisait de me faire tant d'honneur qu'elle et amour me laissassent considérer en soupirant, à genoux et en suppliant humblement, son beau corps gai, bien formé, avenant, son doux regard et sa fraîche couleur, je crois bien que jamais ne me manquerait aucun bien. Car son amour m'a si bien enlacé et pris que je ne pense pas à autre chose et que je n'en peux éloigner mon coeur.
IV.—Je ne suis ni assez puissant ni d'assez haute naissance pour qu'il me convienne de lui témoigner mon amour, mais quand l'homme puissant accueille gentiment ses inférieurs, il double sa renommée et augmente sa réputation; aussi mettrais-je ma dame en haut renom, si elle voulait me témoigner quelques égards, car dans le monde entier il n'y a pas d'autre créature qui sans elle pût me donner la joie.
V.—Je sais que sciemment je fais une folie, pour avoir mis en elle mon affection, mais je ne puis faire autrement; plus je vais la fuyant, plus je la désire et plus je double ma douleur. Ce qu'on veut fortement, on ne peut l'oublier; si, après cent maux, j'avais un bien d'elle, je serais bien riche, et si seulement cela lui plaisait, j'irais rapidement devant elle lui crier pitié.
VI.—Que Dieu protège sa grande beauté, son gentil corps, jeune et frais, son grand mérite, sa réputation, ses propos courtois, car aucun bien n'y manque, sauf un peu de pitié, car si elle en avait, on ne lui trouverait pas sa pareille.
VII.—Chanson, va-t-en vite dire et raconter (tout ceci) à Auremale et dis-moi au preux marquis Messire Colrat qu'en lui il y a tant de qualités qu'on doit l'appeler Sobretotz (Au-dessus de tous).
Notes:
Texte de Raynouard, V, 223, reproduit dans Mahn, Werke der Troubadours, I, 136.
A la strophe VII, il s'agit du marquis Conrad de Malaspina; Auramala était un fief de la famille de Malaspina. Conrad succède à Guilhem de Malaspina en 1221.
Au v. 26, le ms. G a taisses (avec signe d'abréviation de n sur i) au lieu de tanhes, et le ms. a taisses (= taisses).
Notes:
Texte de Raynouard, V, 223, reproduit dans Mahn, Werke der Troubadours, I, 136.
A la strophe VII, il s'agit du marquis Conrad de Malaspina; Auramala était un fief de la famille de Malaspina. Conrad succède à Guilhem de Malaspina en 1221.
Au v. 26, le ms. G a taisses (avec signe d'abréviation de n sur i) au lieu de tanhes, et le ms. a taisses (= taisses).
I.—Je suis semblable à l'enfant qui a été élevé tout jeune dans une noble cour et y a été honoré de son seigneur; puis, devenu grand, il la quitte et en cherche une meilleure; il ne peut la trouver et se croit trompé; il veut s'en revenir, mais il n'a pas assez de hardiesse; je suis semblable à lui, car je quittai follement celle que je remercierai de s'en venger, pourvu qu'elle veuille me supporter près d'elle; je ne désire pas autre chose.
II.—Elle peut bien s'en venger, de moi, car j'étais devenu fou. Mais un homme fou, disent les auteurs, ne sera pas condamné pour le mal qu'il fait et il ne sera pas juste de le punir, tant que la folie le tient bien; mais quand la folie lui aura passé, il sera condamné, s'il commet une faute, ou s'il en avait commis quelqu'une auparavant. Et si jamais j'en ai commis une, je vous le dis en vérité, et elle sait que je ne mens pas, qu'elle me fasse languir éternellement.