III.—Elle peut bien le faire et béni sera le mal; je supporterai silencieusement chagrin, peine et douleur et tout cela me semblerait bien doux; mais qu'elle remarque bien qu'il ne convient pas et qu'il n'est pas avenant pour sa bonne renommée en fleur de prendre vengeance de tous les méfaits; pardon vaut mieux et mérite mieux la louange et celui qui le reçoit en devient meilleur pour servir.
IV.—Je serais meilleur pour servir; Pitié et Amour m'auraient guéri, si ma dame inclinait son orgueil au point de m'envoyer ici des «saluts» écrits en forme de lettre; mais je suis trop fou, quand je lui mande cette pensée de m'adresser ici (ses saluts); qu'elle supporte seulement que j'aille vers elle, mains jointes, obéir à tous ses ordres, qu'il lui plaise de me faire vivre ou de me faire mourir.
V.—Je ne fus ni tué ni trahi par son ordre, [mais je fut pris de tristesse depuis le jour où] je me séparai de celle qui est la fleur du monde et qui m'avait élevé. Après l'avoir quittée, je fus dans une telle tristesse que je serais mort, si ce n'était la joie qui espère en la pitié, parce qu'elle me dit à mon départ en pleurant: «Que Dieu te laisse revenir!»
Notes:
Texte de Appel, Provenzalische Inedita, p. 248, d'après les manuscrits I et K, qui se ressemblent. V. 7, je mets une virgule après sofrir; v. 11 et 12, j'adopte les corrections proposées par Appel: v. 11, tan au lieu de tro (et que·l pour que llo), v. 12, ni au lieu de n'es; ces corrections paraissent assurées. V. 13, j'écris: quant n'er for, au lieu de n'es des mss; v. 15, mss. il saup lo ver, fatz om... Appel propose: E·n... fassa·m; j'adopte fassa·m, mais je garde il saup sous la forme du présent: il sap; v. 19, l. patz? V. 19: mss. petitz; il faut une rime en -or; j'adopte doussor avec Appel. V. 20, lire: que·l seus bos pretz floritz? Mais au v. 38 on a jauzimen au lieu de jauzimens à cause de la rime; peut-être ici aussi la rime a amené floritz. V. 28, salutz en breu escritz: saluts (saluts d'amour, au sens de genre poétique ou saluts tout court) écrits en lettre, en forme de lettre; cf. J. Rudel, Senes breu de pergamina (Quan lo rius). v. 27: mss. s'omielis tant sa gran ricor; Appel propose de lire granda, ce qui me paraît peu probable; je propose midons avec suppression de tant. V. 30, la leçon du ms. ne me satisfait pas; c'est la répétition du v. 28; on attendrait: «Je suis trop fou d'avoir une telle pensée» (il faudrait lire: ai tal pensamen); «je ne lui demande pas cela» ou «je ne demande rien de sa main, mais qu'elle souffre seulement...»; man me paraît devoir être changé en: mas (sofra solamen); v. 31, [quez an] ver
leis? Appel: Ans vuelh; v. 34-35, le sens des vers manquants paraît être: «Je fus saisi d'une profonde tristesse depuis le jour (depois cel di?)» etc. V. 39: la joie qui attend la pitié, qui attend, qui espère de la pitié.Cette pièce a été imitée par le grand poète valencien Auzias March: Nom pren axi com al petit vaylet. On trouvera cette poésie à la fin de l'édition.
Notes:
Texte de Appel, Provenzalische Inedita, p. 248, d'après les manuscrits I et K, qui se ressemblent. V. 7, je mets une virgule après sofrir; v. 11 et 12, j'adopte les corrections proposées par Appel: v. 11, tan au lieu de tro (et que·l pour que llo), v. 12, ni au lieu de n'es; ces corrections paraissent assurées. V. 13, j'écris: quant n'er for, au lieu de n'es des mss; v. 15, mss. il saup lo ver, fatz om... Appel propose: E·n... fassa·m; j'adopte fassa·m, mais je garde il saup sous la forme du présent: il sap; v. 19, l. patz? V. 19: mss. petitz; il faut une rime en -or; j'adopte doussor avec Appel. V. 20, lire: que·l seus bos pretz floritz? Mais au v. 38 on a jauzimen au lieu de jauzimens à cause de la rime; peut-être ici aussi la rime a amené floritz. V. 28, salutz en breu escritz: saluts (saluts d'amour, au sens de genre poétique ou saluts tout court) écrits en lettre, en forme de lettre; cf. J. Rudel, Senes breu de pergamina (Quan lo rius). v. 27: mss. s'omielis tant sa gran ricor; Appel propose de lire granda, ce qui me paraît peu probable; je propose midons avec suppression de tant. V. 30, la leçon du ms. ne me satisfait pas; c'est la répétition du v. 28; on attendrait: «Je suis trop fou d'avoir une telle pensée» (il faudrait lire: ai tal pensamen); «je ne lui demande pas cela» ou «je ne demande rien de sa main, mais qu'elle souffre seulement...»; man me paraît devoir être changé en: mas (sofra solamen); v. 31, [quez an] ver
leis? Appel: Ans vuelh; v. 34-35, le sens des vers manquants paraît être: «Je fus saisi d'une profonde tristesse depuis le jour (depois cel di?)» etc. V. 39: la joie qui attend la pitié, qui attend, qui espère de la pitié.Cette pièce a été imitée par le grand poète valencien Auzias March: Nom pren axi com al petit vaylet. On trouvera cette poésie à la fin de l'édition.
I.—J'entends dire toujours qu'une joie en amène une autre; c'est pourquoi je ne veux jamais m'éloigner de la joie; car je suis né avec la joie, et, où que je me retourne, je suis et serai avec la joie: c'est ainsi que je me suis conduit dans ma vie; et si je pouvais avoir joie parfaite de celle en qui j'ai mis mon amour, joie que je désire le plus, je serais bien plus heureux; car une joie double est chose précieuse et supérieure; et à qui suit la joie, joie lui vient sans aucun doute.
II.—Aussi me suis-je soumis et rendu à l'amour parfait et à celle que je désire; car avec perfection mes yeux m'ont fait choisir la belle qui est fleur, miroir, lumière, chef et guide de toute perfection; et depuis que si gentiment elle m'a blessé d'un regard amoureux, je ne me souviens pas d'autre chose et aucun autre bien n'eut pour moi de saveur.
III.—Noble dame, votre haut mérite connu de tous, vos manières, votre accueil si aimable et la bouche dont je vous vois rire si gentiment m'ont tellement vaincu que souvent je deviens muet et que lorsque je pense bien parler je perds le sens; c'est avec crainte qu'on cherche un beau don, aussi suis-je craintif; mais j'entends dire qu'un homme avisé conquiert parfois maints biens en supportant avec espoir des souffrances.
IV.—De vous aimer je ne serai jamais fatigué; car cet amour m'est cher mille fois plus que je ne saurais dire; et s'il vous plaisait de vouloir souffrir que je vous aime, mon coeur parfait ne serait jamais fatigué de vous servir loyalement; au contraire il me semblera que la fatigue serait la même pour nous deux; et ce sera une grâce si pour tant (de patience) il m'est fait un don, car mon amour ne diminue ni n'hésite.