V.—Voyez le misérable truand qui s'est imaginé que je me moquais de lui et que je louais et que j'approuvais ses mauvaises façons d'agir. Si jamais un bon propos lui passa par les dents, je veux que jamais celle que j'aime ne m'embrasse; et s'il a dit du mal de moi par ressentiment, je lui pardonne, car il y renonce.

VI.—Misère et ennui sont logés toute l'année chez vous; et celui qui vante votre conduite sans énergie ainsi que votre avilissement, celui-là montre bien comment il est connaisseur; et celui qui vous honore n'y gagne rien; pour moi je vous ai tant honoré que je le regrette; et plus je vous honorerais, plus j'y perdrais.

Notes:

Texte de O publié dans l'Archiv für das Studium der neueren Sprachen, XXXIV, p. 382. En dehors de quelques changements simplement orthographiques, nous avons corrigé les passages suivants: v. 2, ms. Peire; v. 3, ms. ameunis, l. anjevins (déjà corrigé d'ailleurs par Raynouard, qui a publié la première strophe de cette composition, Choix, V, p. 101; v. 5, ms. tengi; v, 18, l. anc mon jorn?; v. 35, ms. raal; v. 49, ben, l. e·ls? Levy, Suppl. W. (envelzimen), se demande si on pourrait changer ben en beu; mais cela ne servirait à rien; v. 52, ms. onre; la correction onrei est de Levy, Suppl. W., Mescazer.

Bertran de Gourdon, seigneur de cette ville, fait hommage de cette ville à Philippe-Auguste en 1211 et à Simon de Montfort en 1218. Il tensonna aussi avec le troubadour Mathieu de Quercy (texte dans Kolsen, Dichtungen der Troubadours, No44), qui lui reprocha d'avoir vendu sa ville. (Cf. Hist. Gén. Lang., X, 340.) La tenson de Peire Raimon est sans doute antérieure à 1211.

Notes:

Texte de O publié dans l'Archiv für das Studium der neueren Sprachen, XXXIV, p. 382. En dehors de quelques changements simplement orthographiques, nous avons corrigé les passages suivants: v. 2, ms. Peire; v. 3, ms. ameunis, l. anjevins (déjà corrigé d'ailleurs par Raynouard, qui a publié la première strophe de cette composition, Choix, V, p. 101; v. 5, ms. tengi; v, 18, l. anc mon jorn?; v. 35, ms. raal; v. 49, ben, l. e·ls? Levy, Suppl. W. (envelzimen), se demande si on pourrait changer ben en beu; mais cela ne servirait à rien; v. 52, ms. onre; la correction onrei est de Levy, Suppl. W., Mescazer.

Bertran de Gourdon, seigneur de cette ville, fait hommage de cette ville à Philippe-Auguste en 1211 et à Simon de Montfort en 1218. Il tensonna aussi avec le troubadour Mathieu de Quercy (texte dans Kolsen, Dichtungen der Troubadours, No44), qui lui reprocha d'avoir vendu sa ville. (Cf. Hist. Gén. Lang., X, 340.) La tenson de Peire Raimon est sans doute antérieure à 1211.


XVIII [No 20 de Bartsch]. I. Us novels pessamens m'estai
Al cor, per qu'eu n'ay greu cossir,
Don fas mant angoissos sospir;
E n'ai soven mon cor plus guay,
E·m gart miels de far desplazer, 5
E m'esfors en ben captener,
Quan vey que n'es luecx e sazos;
E selh qu'a son poder es bos,
Ben deu aver mais d'onransa. 9 II. Onramens grans cre que·l n'eschai
A celh que sap en patz sufrir
Son dan, o belhamen cubrir,
Mantas vetz, so qu'al cor no·l play;
Et qui sobr'ira·s sap tener 14
De far e de dir non dever,
Ges non s'en merma sa razos;
Per qu'om non deu esser coytos
De far gran desmezuransa. 18 III. Desmezura conosc hueymai
Que fai ma dona, ses mentir,
Pus que a se·m fetz aissi venir,
E so que·m promes er m'estray;
Que qui non a vezat aver 23
Gran be, plus leu sap sostener
Afan, que tals es belhs e bos,
Que·l maltraitz l'es plus angoissos,
Quan li sove·l benanansa. 27 IV. Benanans' e fin joi verai
Aic ieu de midons al partir.
Partiz non suy, per qu'ieu m'azir,
Quar a mos precs braus respos fay,
Denan sos pes l'irai cazer, 32
S'a lieys platz que denhe voler
Que de lieys fassa mas chansos,
Quar de me no suy poderos
Qu'en autra paus m'esperansa, 36 V. Ben esper, per l'afan que n'ai,
Que·m vuelha midons mantenir,
Que non es autr', al mieu albir,
Ni fon tan belha, sotz lo ray.
Sopleian quier que·m denh valer; 41
Qu'ieu conosc, segon mon saber,
Qu'ab los melhors se fai hom bos;
Et es assatz belha razos
Aver joy de fin'amansa. 45 VI. Mans jointas e de genolhos
Mi rent a vos qu'etz bel' e pros,
Domna de gaia semblansa. 48

I.—J'ai au coeur un nouveau chagrin, qui me donne grand souci et dont je fais maint pénible soupir; et j'en ai souvent mon coeur plus gai et je me garde mieux de faire déplaisir; je m'efforce de me bien tenir, quand je vois que c'est le lieu et le moment; et celui qui est bon quand et comme il veut, doit bien avoir plus d'honneur.

II.—Je crois qu'un grand bonheur échoit à celui qui sait souffrir en paix son malheur ou qui sait cacher habilement maintes fois ce qui ne plaît pas à son coeur; et pour celui qui sait se modérer pour faire et pour dire ce qu'il ne faut pas, son compte (= son bénéfice?) ne diminue nullement; c'est pourquoi on ne doit pas se hâter de faire grande desmesure (orgueil).

III.—Je sais désormais que ma dame fait, sans mentir, grande desmesure, puisqu'elle me fît venir ici vers elle et qu'elle me retire maintenant ce qu'elle m'a promis; celui qui n'est pas accoutumé à avoir grand bien sait supporter plus facilement sa misère; tel est beau et bon, à qui le malheur est plus pénible, quand il se souvient du bonheur.

IV.—Le bonheur et la joie parfaite et sincère, je les eus de ma dame quand je la quittai. Je ne suis pas parti, c'est pourquoi je m'irrite, parce qu'elle ne fait à mes prières que de dures réponses. J'irai tomber à ses pieds, s'il lui plaît qu'elle daigne vouloir que je fasse d'elle mes chansons, car pour moi je n'ai pas le courage de placer en une autre mon espérance.

V.—J'espère bien, pour le chagrin que j'en ai, que ma dame daignera me conserver; car, à mon avis, il n'y en a pas et il n'y en eut jamais d'autre qui soit si belle sous le rayon du ciel; je lui demande en suppliant de me secourir; car je sais, suivant ma connaissance, qu'avec les meilleurs on devient bon; et d'ailleurs il est assez juste que l'on ait la joie du parfait amour.