IV.—Je lui sais gré d'être aimable (vive?), de savoir plaire aux bons et de savoir faire valoir son mérite agréable; je lui sais gré aussi de me leurrer ainsi, car si je trouve auprès d'elle une pitié reconnaissante, elle en aura la récompense; et pitié également (aura sa récompense?) assurément (?), si elle enduit de reconnaissance celle où siège la joie, par qui reluit avec reconnaissance le noble mérite honoré.

V.—Noble Mérite fait la valeur d'Audiart du Baux, d'elle et de lui également, où je pense assurément (?) que le mérite certain s'est établi et par qui vit le Mérite honoré.

Notes:

Cette chanson ne se trouve que dans les manuscrits T et c; la rareté des rimes en ui et l'emploi du vers de deux syllabes, joint à la recherche de l'allitération, sont des causes d'obscurité. Un mot comme trui, qui est employé deux fois, n'apparaît que dans cette pièce.

Nous empruntons le texte à Appel, Provenzalische Inedita, p. 246. Nous nous en éloignons, en dehors de quelques changements purement graphiques, sur plusieurs points.

V. 9, Gen au lieu de Ben; v. 10, nous lisons cor al gent acuillir avec T; v. 13-14, nous lisons ab gen acuillimen... m'a (au lieu de ma) et trait au lieu de trai (ms. c trag); v. 15, Appel met entre parenthèses sens brui refui gen; v. 23, ples c, pleis T (peu lisible); nous maintenons ples et nous entendons: «tirant à pleins traits»; v. 27, nous lisons e·s fa'gradan (= agradan); v. 31, mss. latz; jatz prop. Appel; v. 33, Apres fins naudiarc T, A pres fins fai neudiarc c; nous gardons fai en supprimant a; v. 35, en certatz c; enteratz T.

Il est probable que la pièce n'est pas de Peire Raimon. Le ms. T la lui attribue, mais le ms. c l'attribue à Peire Bremon [Note: Peire Breumon dans le ms.] Ricas Novas; et il semble bien qu'elle doive être attribuée à ce dernier, car dans une pièce du même, conservée par le ms. Cámpori [Note: Studj Fil. romanza, VIII, 458.], il est question aussi d'Audiart del Baus, tandis qu'il n'est pas question de la même personne dans les autres poésies de Peire Raimon.

Audiart du Baux, qui est nommée plusieurs fois par les troubadours [Note: Cf. Bergert, Die von den Troubadours genannten Damen, pp. 62-65.], était l'épouse de Bertran du Baux et mourut en 1257. C'est peut-être elle que chanta Pons de Capdeuil aux environs de 1220, date où elle était encore fort jeune [Note: Bergert, ibid., p. 63.].

On pourrait alléguer en faveur de Peire Raimon qu'une au moins de ses poésies (Ara pos iverns) rappelle la manière de celle-ci (même recherche des mots rares), que la comparaison du glueg (chaume) et du gran (grain) s'y retrouve, et que, dans une pièce d'Uc de Saint-Cyr, cette recherche et cette subtilité lui sont reprochées [Note: Ed. Jeanroy-De Grave, No XXVII, XXIX.]. De plus, il n'y aurait rien d'extraordinaire à ce que Peire Raimon, qui a séjourné en Italie, qui a chanté le comte de Savoie et le marquis de Malaspina, ait eu l'occasion de séjourner à Marseille et d'y chanter Audiart du Baux.

Mais la tornade de la pièce du ms. Cámpori paraît trancher la question en faveur de Peire Bremon; car elle est rédigée à peu près dans les mêmes termes que la tornade de la présente composition. La voici:

N'Audeiart del Baus certana
Valors e fin pres certans
Fan vostre faigz sobeiranz
E vos de pretz sobeirana.

V. 7, De novel serait en faveur de Peire Bremon, car il nous reste une autre chanson de lui adressée à Audiart. V. 24, le vers n'est pas clair; il y a opposition entre le grain et la paille, comme dans la pièce de Peire Raimon: Ara pos hiverns (E mant hom pert lo gran el glueg, v. 21). Doit-on entendre: «Je l'aime tellement que je m'enferme avec le chaume, avec grain sans récompense; au lieu d'avoir le grain (le profit réel), je me contente de la paille avec ses balles, sans grain, c'est-à-dire sans récompense réelle?» Au v. 23, Appel entend: «puisque tous deux l'aiment (l'Amour), Amour prit (pres) en trompant les trompés.» (Ap. Levy, Suppl. W., IV, 139(a).) Cette interprétation ne me paraît pas probable pour de multiples raisons. J'entends: «à pleins traits tirant»; il s'agirait d'une expression populaire (comme l'opposition entre le glui et le gran) se rapportant aux chevaux tirant à pleins traits, à plein collier. Trui (v. 31, 35) ne paraît pas se rencontrer ailleurs qu'ici. Levy (Petit Dict.) traduit: sen trui, assurément, avec un point d'interrogation. Faut-il rattacher le mot à un hypothétique truchar [Note: La forme trucar, truchar existe, mais avec le sens d'échanger, troquer; est-ce à ce mot qu'on peut rattacher trui pour truch?] pour trichar? Tric, substantif verbal de trichar, existe: truch, trui aurait pu être formé sur le modèle de mots comme refug, refui, estuch, estui.

Voici d'ailleurs un exemple de Sordel qui paraît contenir la même expression:

Ses truc Val mens c'om mort en taüc. (Sordel, Non pueis.)

Raynouard, qui cite cet exemple (Lex. Rom., V, 436(a)), traduit ainsi: «Sans choc il vaut moins qu'homme mort en bière»; mais je ne crois pas qu'il faille traduire avec cette précision: je serais disposé à voir ici l'équivalent de ses trui, ou sens trui.

Notes:

Cette chanson ne se trouve que dans les manuscrits T et c; la rareté des rimes en ui et l'emploi du vers de deux syllabes, joint à la recherche de l'allitération, sont des causes d'obscurité. Un mot comme trui, qui est employé deux fois, n'apparaît que dans cette pièce.

Nous empruntons le texte à Appel, Provenzalische Inedita, p. 246. Nous nous en éloignons, en dehors de quelques changements purement graphiques, sur plusieurs points.

V. 9, Gen au lieu de Ben; v. 10, nous lisons cor al gent acuillir avec T; v. 13-14, nous lisons ab gen acuillimen... m'a (au lieu de ma) et trait au lieu de trai (ms. c trag); v. 15, Appel met entre parenthèses sens brui refui gen; v. 23, ples c, pleis T (peu lisible); nous maintenons ples et nous entendons: «tirant à pleins traits»; v. 27, nous lisons e·s fa'gradan (= agradan); v. 31, mss. latz; jatz prop. Appel; v. 33, Apres fins naudiarc T, A pres fins fai neudiarc c; nous gardons fai en supprimant a; v. 35, en certatz c; enteratz T.

Il est probable que la pièce n'est pas de Peire Raimon. Le ms. T la lui attribue, mais le ms. c l'attribue à Peire Bremon [Note: Peire Breumon dans le ms.] Ricas Novas; et il semble bien qu'elle doive être attribuée à ce dernier, car dans une pièce du même, conservée par le ms. Cámpori [Note: Studj Fil. romanza, VIII, 458.], il est question aussi d'Audiart del Baus, tandis qu'il n'est pas question de la même personne dans les autres poésies de Peire Raimon.

Audiart du Baux, qui est nommée plusieurs fois par les troubadours [Note: Cf. Bergert, Die von den Troubadours genannten Damen, pp. 62-65.], était l'épouse de Bertran du Baux et mourut en 1257. C'est peut-être elle que chanta Pons de Capdeuil aux environs de 1220, date où elle était encore fort jeune [Note: Bergert, ibid., p. 63.].

On pourrait alléguer en faveur de Peire Raimon qu'une au moins de ses poésies (Ara pos iverns) rappelle la manière de celle-ci (même recherche des mots rares), que la comparaison du glueg (chaume) et du gran (grain) s'y retrouve, et que, dans une pièce d'Uc de Saint-Cyr, cette recherche et cette subtilité lui sont reprochées [Note: Ed. Jeanroy-De Grave, No XXVII, XXIX.]. De plus, il n'y aurait rien d'extraordinaire à ce que Peire Raimon, qui a séjourné en Italie, qui a chanté le comte de Savoie et le marquis de Malaspina, ait eu l'occasion de séjourner à Marseille et d'y chanter Audiart du Baux.

Mais la tornade de la pièce du ms. Cámpori paraît trancher la question en faveur de Peire Bremon; car elle est rédigée à peu près dans les mêmes termes que la tornade de la présente composition. La voici:

N'Audeiart del Baus certana
Valors e fin pres certans
Fan vostre faigz sobeiranz
E vos de pretz sobeirana.

V. 7, De novel serait en faveur de Peire Bremon, car il nous reste une autre chanson de lui adressée à Audiart. V. 24, le vers n'est pas clair; il y a opposition entre le grain et la paille, comme dans la pièce de Peire Raimon: Ara pos hiverns (E mant hom pert lo gran el glueg, v. 21). Doit-on entendre: «Je l'aime tellement que je m'enferme avec le chaume, avec grain sans récompense; au lieu d'avoir le grain (le profit réel), je me contente de la paille avec ses balles, sans grain, c'est-à-dire sans récompense réelle?» Au v. 23, Appel entend: «puisque tous deux l'aiment (l'Amour), Amour prit (pres) en trompant les trompés.» (Ap. Levy, Suppl. W., IV, 139(a).) Cette interprétation ne me paraît pas probable pour de multiples raisons. J'entends: «à pleins traits tirant»; il s'agirait d'une expression populaire (comme l'opposition entre le glui et le gran) se rapportant aux chevaux tirant à pleins traits, à plein collier. Trui (v. 31, 35) ne paraît pas se rencontrer ailleurs qu'ici. Levy (Petit Dict.) traduit: sen trui, assurément, avec un point d'interrogation. Faut-il rattacher le mot à un hypothétique truchar [Note: La forme trucar, truchar existe, mais avec le sens d'échanger, troquer; est-ce à ce mot qu'on peut rattacher trui pour truch?] pour trichar? Tric, substantif verbal de trichar, existe: truch, trui aurait pu être formé sur le modèle de mots comme refug, refui, estuch, estui.

Voici d'ailleurs un exemple de Sordel qui paraît contenir la même expression:

Ses truc Val mens c'om mort en taüc. (Sordel, Non pueis.)

Raynouard, qui cite cet exemple (Lex. Rom., V, 436(a)), traduit ainsi: «Sans choc il vaut moins qu'homme mort en bière»; mais je ne crois pas qu'il faille traduire avec cette précision: je serais disposé à voir ici l'équivalent de ses trui, ou sens trui.

N'Audeiart del Baus certana
Valors e fin pres certans
Fan vostre faigz sobeiranz
E vos de pretz sobeirana.
II.—Auzias March. I. No·m pren axi com al petit vaylet
Qui va cercant senyor qui festa·l faça,
Tenint lo calt en lo temps de la glaça
E fresch d'estiu, com la calor se met, 4
Preant molt poch la valor del senyor
E concebent desalt de sa manera,
Vehent molt clar que té mala carrera
De cambiar son estat en major. 8 II. Com se farà que visca sens dolor,
Tenint perdut lo bé que posseya?
Clar e molt bé ho veu, si n(o) ha follia
Que may porà tenir estat millor. 12
Donchs que farà, puix altre bé no·l resta,
Sinó plorar lo bé del temps perdut?
Vehent molt clar per si ser decebut,
May trobarà qui·l faça millor festa. 16 III. Yo son aquell qui'n lo temps de tempesta.
Quant les més gents festegen prop los fochs
E pusch haver ab ells los propris jochs,
Vaig sobre neu, descalç, ab nua testa, 20
Servint senyor qui jamés fon vassall
Ne·l vench esment de far may homenatge.
En tot leig fet hagué lo cor salvatge;
Solament diu que bon guardó no·m fall. 24 IV. Plena de seny, leigs desigs de mi tall;
Erbes no·s fan males en mon ribatge;
Sia entés com dins en mon coratge
Los pensaments no·m devallen avall. 28 (Ed. A. Pagès, t. I, p. 401).

I.—Il ne m'en prend pas comme au petit écuyer qui va cherchant un seigneur qui lui fasse fête, en le tenant chaud au temps de la froidure et frais en été quand la chaleur arrive, prisant fort peu le mérite du seigneur et concevant mépris pour sa manière (de vivre?), voyant parfaitement qu'il suit une mauvaise route (en essayant) de changer sa situation pour une situation plus élevée.

II.—Comment pourra-t-il se faire qu'il vive sans douleur, ayant perdu le bien qu'il possédait? Il le voit parfaitement, s'il n'est pas fou, que jamais il ne pourra avoir un état meilleur. Donc que fera-t-il, puisque il ne lui reste pas d'autre bien que de pleurer le bien du temps perdu? Voyant très bien qu'il est trompé par lui-même, jamais il ne trouvera personne qui le traite mieux.

III.—Je suis celui qui, au temps de la tempête, quand les plus nobles festoyent auprès du feu et que je puis avoir près d'eux leurs propres jeux, vais sur la neige, pieds nus et tête nue, servant un seigneur qui jamais ne fut vassal et à qui ne vint jamais l'intention de faire jamais hommage. A l'égard de toute malhonnête action j'ai eu le coeur sauvage; je dis seulement que bonne récompense ne me manque pas.

IV.—Pleine-de-sens, je coupe en moi les vilains désirs; des mauvaises herbes ne croissent pas en mon rivage; qu'il soit entendu que dans mon coeur les pensers ne descendent pas bas.