--Bonjour, cher papa, s'écrièrent les enfants; vous voilà revenu: quel bonheur!

--Vous devez être bien fatigué, mon pauvre Adolphe! dit Mme de Morville.

--Je l'étais tout à l'heure, répondit son mari, mais ce que je viens de voir m'a reposé.

--Qu'avez-vous donc vu, papa? dit Irène en le faisant asseoir près de leur petite cheminée et en s'agenouillant près de lui pour allumer un peu de feu.

--J'ai vu, répliqua son père qui tendit la main à Mme de Morville, une courageuse femme qui ne rougit pas de se consacrer à d'humbles travaux, et de courageux enfants qui imitent leur excellente mère; j'ai compris alors la grâce que Dieu m'a faite, en vous donnant à moi, puis....»

Là, M. de Morville s'arrêta.

«Puis, dit sa femme qui souriait, achève.

--Puis, en me ruinant,» dit M. de Morville, qui répondit par un sourire au sourire de sa femme.

Mme de Morville poussa une exclamation, et les enfants, aussi surpris que leur mère, regardèrent M. de Morville avec de grands yeux interrogateurs.

«Oui, continua-t-il gravement, j'apprécie maintenant cette grâce. Sans ma ruine, aurais-je jamais joui de voire dévouement, de vos sacrifices, de votre tendresse? Quand nous étions riches, nous étions chacun les forçats de la richesse et du plaisir: j'étais plongé dans le tourbillon des affaires, toi, Suzanne, dans le tourbillon du monde, vous, pauvres chers petits, dans celui de la vanité. Au milieu de tout cela, nous étions séparés les uns des autres, nous n'avions pas le temps de nous aimer ni de nous le prouver.