Saindoux, couché à plat ventre sur le brancard, se désolait de sa triste chasse. Arrivé chez lui, il fit remplir une immense cuvette d'huile de millepertuis et s'y assit, déclarant qu'il ne bougerait pas de là tant que sa blessure ne serait pas cicatrisée. Il adoucit du reste son triste sort en se faisant servir abondamment à manger et ses amis se consolèrent ainsi avec lui de leurs aventures dramatiques.
Quelques jours après, Philéas repartait pour Paris, rejoindre «le Tueur de colibris féroces» pour commencer avec lui ses longs et terribles voyages.
CHAPITRE VI
LES LETTRES DE POLYPHÈME ET DE PHILÉAS
—Tout est-il prêt?
—Oui, mon illustre ami! mes malles sont fermées, mes valises aussi; mes sacs sont bourrés comme des canons; fifi-mimi est dans sa cage d'acier. Nous partirons quand vous voudrez!
En achevant ces mots, le gros Philéas se frotta les mains d'un air radieux.
—A merveille! dit Polyphème; alors je vais écrire à notre ami, M. Pierrot, que nous partons demain pour Blidah.
PHILÉAS, effaré.—Hein! quoi! plaît-il? déjà en Afrique? Et notre tournée en Europe? et celle en Asie? nous les supprimons donc, comme ça?
POLYPHÈME, riant.—Eh! non, mon cher, ne vous effrayez donc pas de cette petite visite en Afrique. J'ai une affaire pressante à arranger, là-bas; elle ne me retiendra que cinq ou six jours; cela ne dérange en rien nos projets.