Il assista tristement au repas de Polyphème et se retira chez lui le soir, en se promettant bien de ne plus laisser Sagababa le soigner si despotiquement.
—Avant de partir pour la Pologne, mon très cher, dit Polyphème au gros Saindoux, lorsque ce dernier fut rétabli; allons donc faire une promenade dans les environs; pour nous éviter toute fatigue, je suis d'avis de prendre simplement une voiture; ce sera plus commode et plus rapide.
—Je ne demande pas mieux, s'écria Philéas; il y a longtemps que je n'ai conduit et je ne veux pas perdre mon talent de cocher. Je vais vous mener un peu lestement, Tueur, vous allez voir. Hé! Sagababa, fais-nous venir l'hôte afin de lui louer ce qu'il nous faut pour une excursion.
Sagababa se précipita pour obéir et revint bientôt, escorté de l'hôte qui venait d'être mis au courant par lui de ce dont il s'agissait.
L'HÔTE, affairé.—Ces Messieurs veulent une voiture et un cheval? J'ai leur affaire. Un charmant petit tilbury presque neuf et un cheval excellent qu'un enfant conduirait. Ces Messieurs veulent-ils qu'on attelle immédiatement?
—Certainement, répondit Philéas enchanté. Sagababa, va l'aider et reviens nous avertir quand tout sera prêt... N'est-ce pas, cher Tueur?
POLYPHÈME.—Un instant! vous êtes trop confiant, Saindoux; allons voir ce qu'on nous propose, d'abord. Il ne nous faut ni une charrette, ni une rosse; la voiture et le cheval doivent être convenables.
PHILÉAS.—Au fait, vous avez raison; examinons notre équipage, avant de nous y installer. Peste! je me rappelle encore un certain accident...
L'HÔTE, vexé.—Ces Messieurs vont voir par eux-mêmes qu'ils peuvent avoir toute confiance en moi!
Et il suivit en grommelant les deux amis. Les jeunes gens, escortés de Sagababa, s'étaient dirigés vers la remise.