(Jornal do Commercio. Septembre 1908.)
La nuit où mourut Machado de Assis, celui qui aurait franchi le seuil de la villa du poète, à Laranjeiras, n'aurait pu soupçonner que le dénouement fatal était si proche. Dans la salle à manger, un groupe de dames relisaient d'anciens vers encore inédits... Dans le salon, quelques disciples s'entretenaient à voix basse...
Le silence était presque complet dans cette demeure où le profond regret glorifiait une existence prête à s'en aller...
À un certain moment, on entendit frapper timidement à la porte d'entrée. On ouvrit. Un visiteur apparut: c'était un jeune homme de seize à dix-huit ans à peine. On lui demanda qui il était. Il répondit qu'il jugeait inutile de se nommer, car il ne connaissait le maître de la maison que par la lecture de ses livres qu'il adorait. Il avait appris par les journaux du soir que Machado de Assis était dangereusement malade, et il avait eu la pensée de le visiter... Il s'excusait de sa hardiesse. S'il ne lui était pas donné de voir le malade, il suppliait qu'on lui donnât au moins des nouvelles de son état.
Et le jeune homme anonyme—venu de la nuit—fut conduit à la chambre du poète... Il s'agenouilla en silence, puis, s'étant approché, il prit la main du maître, y déposa un baiser et étreignit sa poitrine moribonde dans un beau geste de tendresse filiale. Il se releva et, sans proférer une parole, il sortit.
En le reconduisant, M. José Verissimo lui demanda son nom. Le jeune homme se fit enfin connaître. Mais il doit rester anonyme.
Quelle que soit la destinée de cet adolescent, il ne s'élèvera jamais davantage dans la vie... Pendant un moment, son cœur a battu seul pour l'âme d'une nation. Pendant la minute où il a étreint Machado de Assis mourant, il a été le plus grand de son pays.
Euclydes da Cunha.
(Renascença. Septembre 1908.)