Or dans cette ville un chien se trouva,
Car nombreux sont là les chiens,
Métis, jeunes chiens, chiennaux, chiens courants
Et roquets de bas étage.

Ce chien et cet homme d’abord furent amis;
Mais une pique étant survenue,
Le chien, dans quelque but secret,
Devint enragé et mordit l’homme.

Alentour, de toutes les rues avoisinantes,
Les voisins inquiets accoururent
Et jurèrent que le chien avait perdu l’esprit
De mordre un si brave homme.

La blessure, elle, semblait et cruelle et fâcheuse
A tout œil de chrétien;
Et, tout en jurant que le chien était enragé,
Ils juraient que l’homme en mourrait.

Mais bientôt une merveille se fit jour,
Qui montra qu’ils mentaient, les coquins:
L’homme guérit de la morsure;
Le chien, ce fut lui qui mourut.

«Voilà un très bon garçon, Bill, sur ma parole, et une élégie qu’on peut appeler véritablement tragique. Allons, mes enfants, à la santé de Bill, et puisse-t-il être un jour évêque!

—De tout mon cœur, s’écria ma femme; et s’il prêche seulement aussi bien qu’il chante, je n’ai pas de crainte pour lui. Presque tous ceux de sa famille, du côté de sa mère, savaient bien chanter une chanson: c’était un dicton dans notre pays que les Blenkinsop ne pouvaient jamais regarder droit devant eux, ni les Hugginson souffler une chandelle; qu’il n’y avait pas un Grogram qui ne sût chanter une chanson, ni un Marjoram qui ne sût conter une histoire.—Quoi qu’il en soit, m’écriai-je, la plus vulgaire de toutes les ballades me plaît généralement mieux que ces belles odes modernes et que ces choses dont une seule strophe vous pétrifie, productions qu’on déteste et qu’on loue à la fois. Passez le verre à votre frère, Moïse. Le grand défaut de ces élégiaques est qu’ils sont au désespoir pour des infortunes qui ne donnent à la portion sensée du genre humain qu’une peine très médiocre. Une dame perd son manchon, son éventail, ou son petit chien, et aussitôt le poète imbécile s’encourt chez lui mettre la catastrophe en vers.

—Ce peut être la manière, reprit Moïse, dans des compositions plus relevées; mais les chansons du Ranelagh qui viennent jusqu’à nous sont d’une familiarité parfaite et toutes jetées dans le même moule: Colin rencontre Dolly, et ils ont une conversation tous les deux; il lui donne un cadeau de la foire pour mettre dans ses cheveux, et elle lui fait présent d’un bouquet; puis ils vont ensemble à l’église où ils donnent aux jeunes nymphes et à leurs galants le bon avis de se marier aussi vite qu’ils le pourront.

—Et c’est même un très bon avis, m’écriai-je. Et je me suis laissé dire qu’il n’y a pas un endroit au monde où un avis puisse être donné avec plus de convenance que là; car, en même temps qu’on nous persuade de nous marier, on nous fournit une femme; or il faut assurément que ce soit un excellent marché, mon garçon, que celui où l’on nous dit ce qu’il nous faut et où on nous le procure quand nous ne l’avons pas.

—Oui, monsieur, riposta Moïse, et je sais qu’il n’y a que deux marchés pareils en Europe pour se procurer des femmes: le Ranelagh en Angleterre, et Fontarabie en Espagne. Le marché espagnol est ouvert une fois par an; mais nos femmes anglaises sont en vente toute l’année.