Un Japonais, au service d’un Américain, et jadis de haute race, avait dû, dans le besoin, engager les armes d’un aïeul samouraï. Le maître, averti, les racheta, et la reconnaissance du serviteur loué lui fut acquise, sans bornes. Or, dans l’emportement d’une colère, l’Américain, un jour, frappa son valet. Une seconde, déjà calmé et navré de son emportement, il lui parut que l’homme s’était redressé terrible, et que, de son poignard court, il allait égorger l’insulteur, sans souci d’une actuelle différence sociale. Cependant le domestique, presque instantanément, se courba pour sortir, le visage traversé de l’immuable sourire. Le soir en rentrant, l’Américain le trouva mort ; il s’était ouvert le ventre avec le sabre de l’aïeul samouraï. Or, voici ce qu’il avait écrit : « Tu m’as insulté de telle sorte que la fin de l’un de nous est indispensable. Mais je te dois la reconnaissance d’avoir pu conserver ces armes, patrimoine qu’il m’eût été insupportable de laisser en des mains étrangères. Elles ne peuvent donc se retourner contre toi ; c’est donc à trancher mon destin qu’elles serviront. »
Cette impassibilité, tellement différente du flegme saxon, cette impassibilité traditionnellement soulignée d’urbanité gracieuse, se retrouve, on ne saurait trop le répéter, dans les actes les plus tumultueux de l’être selon toute autre conception humaine. La méthode des lutteurs en est l’exemple le plus extraordinaire. Au Japon, pas d’enlacements, point de chairs en sueur, jamais de nerfs roidis par l’effort de bras gonflés, de jambes arcboutées. La lutte du Nippon, le « jiutsu » est une science statique, une science d’anatomie. Les professionnels occupent leurs longues années d’entraînement à apprendre le plus mince fonctionnement de la machine humaine : aucune fibre ne leur demeure inconnue, dans ses rapports avec la dynamique générale des mouvements. En même temps, ces lutteurs se sont engraissés démesurément, jusqu’à ne présenter plus qu’une masse et une surface gélatineuse, sous laquelle ne transparaisse aucune ligne du squelette.
Alors, l’heure venue du combat, les deux monstres se touchent, se tâtent, se palpent, sans la moindre brutalité. Des jours, parfois, ils demeurent en présence, immobiles l’un devant l’autre, ou occupés à cette mystérieuse auscultation de leur corps. Puis, une minute soudaine, rompant en gloussements admiratifs le silence du public, l’un des deux athlètes s’écroule sur l’arène. Il est vaincu ; le vainqueur, après de patientes recherches, a découvert sous la graisse de l’adversaire un muscle à casser, un tendon à rompre, un seul ressort à fausser pour entraîner la chute de l’ennemi, et sans doute l’estropier à jamais.
Une exacte réflexion sur les multiples traductions d’un masque japonais, barré du sourire, conduira à une plus juste défiance des mousmés rieuses et caressantes. Toutes les manifestations qui s’appliquent aux hommes de la race ont leurs correspondances chez les femmes. Aussi, parlant des premiers, commente-t-on les autres. Et à ces autres, à ces poupées mystérieuses, à ces minuscules âmes de lupanar, s’appliquera la conclusion de crainte, que la première impression de joliesse et de joujou n’aurait pu présager en aucune manière.
Est-ce trop dire ? En tous cas une impression demeure des nuits passées au Kanagãwa ou dans le Yoshivara : quelque bien seul qu’on soit avec la maîtresse de passage, il semble que chaque étreinte s’enlace dans les yeux d’un tiers ironique.
FEMMES DE CHINE
Femmes Malabar. Japonaise. Chinoise.
Tagal de Manille. Cochichinoise.
Femmes des Iles Java et Sumatra.