Comment exprimer que la beauté de la race a été surtout donnée à leurs frères ? Il est malaisé de faire comprendre que les déracinés fiévreux de là-bas s’en aperçoivent trop, et de rappeler trop longuement que Saïgon est la patrie des boys. Il vaut mieux entendre conter au fumoir des histoires étranges, en lesquelles se transposent exactement les termes du langage éternel, passion, étreinte, jalousie, et il suffit de retenir que l’échange diffère de ceux pareils, nés de brutalités sahariennes ou de solitudes de steppes. Car là-bas, entre l’Inspection et la rizière, où rôdent les buffles, ce n’est pas à sa propre joie que songe l’Européen…
Voici, pour balayer cette effluve malsaine que s’enfle le souffle de mer, venu du cap Saint-Jacques. Il faut peser les hasards du chemin à cette escale. Car Saïgon n’est qu’un entr’acte entre l’anormal splendide de l’Inde et l’anormal immonde de la Chine.
CRÉOLES
Créole française de la Guyane.
CRÉOLES
In Memoriam.
Pour parler encore d’elles, il n’est pas trop tard. Le cyclone a enlevé les toits, la terre a remué pour écrouler les murs, l’incendie n’a même pas laissé les pierres des ruines. Quand même les maisons ont recommencé de s’élever devant les palmiers de la Savane, roucoulantes des rythmes zézayés. Et aujourd’hui que non seulement les toits, non seulement les murailles et leurs ruines ont été projetées par une trombe d’Apocalypse, aujourd’hui que la moitié des abeilles bruissantes ont été anéanties avec la plus belle des ruches, celles qui restent rebâtiront les demeures des mortes. Sans doute dans l’affolement du tourbillon, elles s’essaiment confusément ; il paraît que la panique les enlèvera toutes vers des villes, au Sud, envahies de lianes, haletantes sous un soleil blanc qui n’est plus le dispensateur bon des désirs, rafraîchi par l’averse des « lamentins ». Sans regarder derrière elles, elles bruissent dans la fuite, les abeilles éperdues et brûlées. Il semble que jamais plus ne raillera en s’attendrissant, entre les allées de Fort-de-France, la chanson de promesse et d’attente où s’ébat précisément la
« Mouche à miel qu’a piqué moi sur la lèvre… »