Le silence est une chose de très-grande importance dans les maisons Religieuses, c'est pourquoi il sera communément observé par toutes les Sœurs. Depuis le Samedy de l'Octave de Pâques, jusques à la Ste Croix en Septembre, nous aurons une demie heure de récréation après la seconde table, laquelle étant finie, on sonnera une cloche pour signal du silence, & alors les Sœurs iront se reposer environ une heure, cependant s'il y en a quelqu'unes qui n'en aye pas envie, elles demeureront retirées, & ne feront aucun bruit ni ne tiendront aucun discours par la maison.

Elles observeront le même silence dans le Monastére depuis que l'examen du soir sera sonné jusqu'à la fin de l'Oraison mentale du matin suivant, même jusques à l'issuë de Prime (quand Prime se dira immédiatement après la méditation) l'on gardera de même le silence dans le Chœur, dans le Chapitre, dans le Réfectoire, & aux lieux nécessaires. Que si le besoin contraignoit à dire quelque chose dans ces lieux, & durant le tems du silence, on la dira tout bas & fort briévement.

On évitera toujours en tous lieux & en tous tems les paroles inutiles, séculieres, de flatterie, & beaucoup plus les mauvaises, de médisance, de même que les choquantes, & de disputes. Dans nos discours chacune proposera ses raisons avec charité & modestie, non pas pour vaincre sa compagne, mais pour donner jour à la vérité afin qu'elle soit connuë.

Si par hazard il arrive quelque diversité d'avis entre nous, que chacune estime comme un grand avantage de céder à l'autre. Enfin nous nous efforcerons toujours, & en tous lieux, de parler d'une voix basse, afin de ne point incommoder les autres par nos paroles.

De l'accusation de ses propres fautes.

Chapitre XVI.

La discipline Religieuse demande que quiconque transgresse l'Ordre du Monastére, soit obligé de dire sa coulpe des fautes commises; c'est pourquoi tous les Vendredis après Complie, ou bien à quelque autre tems commode auquel toutes les Sœurs puissent assister, & même les Officieres qui pourroient être occupées aux grilles ou au tour, elles s'assembleront au son de la cloche dans le Chœur pour de là sortir en procession, chantant le Miserere ou le De profundis, avec le Requiem æternam à la fin, & aller au Chapitre, où étant toutes entrées, & chacunes en leurs places, la Prieure, ou celle qui la representera, dira les prieres accoûtumées, lesquelles étant finies, toutes les Professes, tant celles du Chœur, que les Converses, s'asseoiront, & les Novices toutes ensemble se mettront à genoux, & diront leur coulpe, ensuite les Converses, & ayant reçu de la Prieure la pénitence & les remonstrances convenables, elles sortiront du Chapitre, alors les Professes commençant par les plus anciennes, diront leur coulpe, & s'acquitteront avec humilité de la pénitence qui leur sera imposée.

En ce même tems & au même endroit, la Prieure avertira & fera souvenir tant en general qu'en particulier, des défauts & manquemens qui pourroient se manifester contre l'observance & l'étroite régularité de la vie Religieuse.

De maniere que si quelqu'une des Sœurs avoit commis quelque faute, dont elle omit de dire sa coulpe; y étant obligée, la Supérieure la faisant mettre à genoux, lui fera la correction en public.

Pour le regard des fautes commises au Service Divin, chacune en pourra tous les jours dire sa coulpe après l'Office, avant que de sortir du Chœur, & pour les autres qui se commettent dans la Maison, l'on pourra s'en accuser au commencement du repas, ou bien le soir après l'eau benite, comme il semblera plus à propos.