Parce que la charité après Dieu commence par soi-même, & ensuite s'étend envers le prochain. Il est nécessaire de voir premierement comment la Mere se doit comporter envers soi-même, tant pour ce qui concerne l'esprit, comme pour le regard du corps. Secondement, envers la Communauté. Troisiémement, envers chacune des Sœurs en particulier; tant pour ce qui est de l'Institut, comme pour les répréhensions, & le soin corporel.

Du soin de soi-même pour le regard de l'ame.

Chapitre I.

La Mere Prieure considerera souvent les paroles que notre Pere St Augustin dit dans sa Régle, sçavoir. Qu'elle ne s'estime pas heureuse pour avoir la liberté de commander aux autres, mais parce que par là elle a occasion de les servir en charité.

Qu'elle soit préferée aux Sœurs devant les hommes; mais devant Dieu qu'elle se regarde comme devant être dessous les pieds de toutes, & qu'elle se montre à toutes aussi un exemple de vertus.

Et plus elle paroît dans un lieu éminent, plus elle est en grand danger, comme devant rendre compte à Dieu pour toutes les Sœurs.

Elle ajoûtera à ces considerations, que comme elle a été élûë à cet Office pour faire avancer les Sœurs dans la perfection, & pour leur faire observer les Régles de leur Institut, elle doit faire son possible pur les inviter à cette perfection, plus par les exemples que par les paroles; observant parfaitement les Régles communes, & donnant exemple à toutes des vertus qu'elle désire en elles, agissant en toutes occasions avec charité & douceur. Et comme elle se doit apliquer au gouvernement avec une grande vigilance, ainsi il convient qu'elle s'adonne encore avec un plus grand soin à l'étude de l'Oraison, par laquelle elle doit soutenir le Monastére.

Du soin du corps.

Chapitre II.

Quoi qu'en toutes choses, elle doive éviter la singularité autant qu'il lui sera possible, cependant il est convenable qu'elle ait dans toutes ses nécessités ce dont elle aura besoin. Et lorsqu'en tel cas elle n'auroit pas soin d'elle-même, sous prétexte de donner édification, la Sous-Prieure & les Discrettes y doivent diligemment prendre garde, & faire qu'elle obéisse, & qu'elle vive de la façon qu'elle le jugeront nécessaire pour sa conservation.