Comme il n'y a rien qui soit un plus grand obstacle à l'oraison que les passions, & les affections déréglées; aussi il est nécessaire que la mere soit fort soigneuse d'aider les Sœurs à les combattre.

Et parce que le reméde contre ces passions est l'exercice des vertus morales, elle doit avec trois moyens communs aider les Sœurs à s'exercer dans la pratique de ces vertus.

Le premier est, qu'elle-même leur donne l'exemple de la mortification, & des actes vertueux qu'elle désire en elles.

Le second, qu'elle procure que l'on lise au Réfectoire les instructions qui leur ont été données pour fuir, & se garantir des vices, & pour acquerir les vertus, lesquelles sont distinguées par articles, afin que chacune s'en puisse servir pour méditer: les constitutions permettent de tenir ce livre dans la chambre à cause qu'il a été fait exprès pour l'instruction & le profit de cet Ordre. Comme aussi elles permettent encore le traité de l'Oraison fait par le même Auteur qui les a dressées; mais parce qu'il décéda avant que de l'avoir achevé, & qu'il étoit le même en substance que les traités de la méditation du Reverend Pere Loüis du Pont de la Compagnie de Jesus, on a déterminé que l'on puisse tenir dans la chambre led. traité, au lieu de celui qui ne fut pas fini.

Le troisiéme moyen est, d'ordonner que l'on fasse Oraison sur les vertus desquelles les personnes auront plus besoin, faisant quelquefois des conferences publiques sur ces vertus.

Et parce qu'entre toutes les passions, celles de l'amour & de la haine dètruisent totalement l'Oraison, & toute la dévotion, il est nécessaire qu'elle y prévoye de loin avec une étude plus particuliere, & qu'elle en tienne les Sœurs exemptes.

Remédes contre les affections déréglées.

Chapitre IX.

Pour ce qui est de ces affections déréglées, on en peut avoir envers les parens, ou envers les personnes avec lesquelles on converse, ou bien pour quelques autres objets extérieurs.

Quant aux parens, quoique pour leur satisfaction, on ne leur peut pas refuser quelque affection, pourvû qu'elle accompagne l'amitié que la charité bien ordonnée demande, & que l'on prie pour eux ainsi que l'on y est obligé, cependant les Sœurs ne se doivent pas soucier d'être avec eux, se souvenant des paroles de Notre-Seigneur. Sinite mortuos sepelire mortuos suos, c'est-à-dire. Laissés les morts ensevelir leurs morts.