Et quand quelqu'une désirera avec un grand empressement de recevoir leur visite, la Mere les doit d'autant plus mortifier en cela.
Touchant les affections qui peuvent être entre elles, qu'elles se souviennent d'accomplir tout ce qui est déterminé par les constitutions, leur ôtant les occasions tant qu'elle pourra, faisant qu'elles conversent communément avec toutes, & avec la gravité nécessaire & modestie Religieuse, sans se toucher l'une l'autre, même par jeu: qu'elles ne disent point de paroles de flatterie, & qu'elles n'entrent jamais dans la chambre l'une de l'autre sans nécessité, & sans la permission convenable, conformément aux constitutions.
Quant à ce qui est des Confesseurs, qu'elle prenne garde que toutes se confessent à l'extraordinaire.
Et que pas une ne reçoive des Confesseurs, ni reliques, ni couronnes, ni images, ni ceintures de cilice, ni disciplines, ni autres choses de dévotion.
Qu'elle fasse en sorte que pas une ne donne sujet d'étonnement aux autres en demeurant auprès du Confesseur ordinaire davantage que ce qui est convenable à des Religieuses, lesquelles se confessent deux fois la semaine, & qui ont des aides spirituelles en si grande abondance.
Puis après quant aux choses extérieures, qu'elle procure de les tenir détachées de tout ce en quoi elles montreroient avoir quelque affection déréglée, soit aux objets de dévotion, soit aux habits, donnant des vieux à celle qui en désire des neufs, & des neufs à celle qui en désire des vieux, à condition pourtant que la nécessité soit satisfaite.
Reméde contre la haine.
Chapitre X.
Quant à la passion de la haine qu'elle veille qu'il y ait entre toutes une grande paix, étant écrit de Notre-Seigneur. Factus est in pace locus ejus, c'est-à-dire. Qu'il fait sa demeure dans la paix. Et par conséquent qu'elle ne souffre pas qu'aucune donne jamais occasion de déplaisir à une autre, ni par paroles, ni par effets, imposant de griéve pénitence à celle qui alterera cette paix.
Lorsqu'il arrivera entr'elles quelque discorde, ou quelques troubles, qu'elle tâche de les apaiser, les faisant humilier envers l'une l'autre, ne laissant pas cependant de leur donner la Pénitence convenable, & faisant que celle qui aura offensé l'autre, se mette à genoux devant elle, lui demande pardon, & lui baise les pieds, ne leur permettant point de communier, si premierement elles ne se sont reconciliées ensemble, quand même elles se seroient confessées.