—Franchement, je ne puis m'expliquer l'horreur subite que je vous inspire depuis hier... Voyons, de quel manquement grave s'est rendu coupable, à votre endroit, ce pauvre baron? Racontez-lui cela comme s'il était un autre... et ne lui tenez pas plus longtemps rigueur.

Ce disant, il s'avança vers sa femme.

—Demeurez à distance, fit Pauline en reculant d'un pas.

Mais sans qu'elle s'en rendît exactement compte, par sa phrase empreinte en apparence d'une franche bonhomie, le baron venait de recouvrer une partie de son avantage.

A cet instant précis, un doute et la crainte vague d'une injustice criante envers un innocent calomnié traversèrent comme une étincelle électrique, et en dépit des témoignages accumulés, le cœur de Pauline, qui ne haïssait au fond que de désespoir de ne pouvoir aimer.

Quelque légère que fût la détente, le baron Pottemain en profita, en stratégiste de premier ordre, pour démasquer une nouvelle batterie.

Il s'approcha de nouveau de sa femme, la fit asseoir sur un banc de mousse et s'assit près d'elle.

—Je le sais, continua-t-il, j'en suis sûr... Hier, quelqu'un m'a calomnié auprès de vous... J'ai des ennemis, autour de moi peut-être, et dont je ne me doute pas... Nommez-les moi... Dites-moi ce qu'on vous a rapporté... que je puisse au moins me justifier...

Pauline se recueillit un instant, passant rapidement en revue, avec cette lucidité de conscience familière aux gens d'honneur, les dangers qu'elle ferait courir aux dénonciateurs par l'aveu de la dénonciation.

Ces dénonciateurs étaient au nombre de trois: Pastouret, Victorine, Jeannolin.