Le premier avait écrit la dénonciation. Il était mort, et dès lors à l'abri.
La seconde avait apporté la dénonciation et elle était bien vivante, celle-là.
Mais elle connaissait des secrets terribles et elle était femme à s'en servir, comme d'une arme empoisonnée. La nommer c'était la désigner à la colère et à la vengeance du baron. A moins d'un nouveau crime qui fermerait la bouche de la servante-maîtresse, l'éclat et le scandale étaient inévitables, et un scandale dans lequel sombreraient sa fortune et son avenir à elle, un scandale qui marquerait d'une tache ineffaçable le nom qu'elle était condamnée à porter à jamais.
Elle ne se sentit pas la force de reconquérir peut-être sa liberté à ce prix.
Quant au troisième, Jeannolin, qui, avec l'abandon et l'innocence de son âge, avait confirmé la dénonciation, Jeannolin qui avait vu, qui avait incendié Sainclair, il était perdu, si Pauline attachait un simple soupçon à sa trace.
En conséquence, la jeune femme restreignit son thème.
—Vous vous souvenez, dit-elle, que nous avons arrêté, hier, les bases de notre séparation. Vous m'avez demandé de feindre pour éviter le scandale. Ainsi donc, vous tenez à l'éviter. Je m'y suis prêtée, m'y prête encore. Si vous respectez ma liberté absolue vis-à-vis de vous, je respecterai la vôtre. Donnant, donnant. Vous ne gagnerez rien au delà, ni par menaces, ni par promesses, ni par soumission. Si vous insistez, pour gagner un pouce de terrain, je regarderai le pacte comme rompu et alors commenceront le scandale et ses suites. Si vous me persécutez dans l'ombre, je crierai ce que vous êtes... et je le crierai sur les toits. Vous pourriez me tuer, pour m'imposer silence, j'en conviens, mais le silence ne se ferait point sur ma tombe. Dussé-je—et retenez bien mes paroles!—dussé-je, par l'effet de quelque subtil poison, ou tout autrement, sembler morte de mort naturelle, mes précautions sont déjà prises. J'ai mis quelque part les faits de ma cause et de la vôtre en sûreté!
Pauline mentait pour la première fois de sa vie. Mais elle mentait, comme on use, sur un champ de bataille, d'une ruse de guerre pour sauver une armée, c'est-à-dire avec l'aplomb et le courage du désespoir.
Le baron considéra sa femme d'un air d'étonnement stupide. Il se contraignit d'abord pour ne pas éclater.
Puis il finit par sourire avec une ironie triste et contenue: