Une heure plus tard, Charaintru présentait son ami aux châtelains.

Le baron fit au sculpteur, «son ancienne connaissance» comme il disait, l'accueil le plus gracieux et le plus empressé.

Il s'estima heureux que l'artiste eût consenti à faire trêve quelques jours à ses nombreuses occupations pour venir s'enterrer de nouveau au fond d'une campagne désolée et il lui offrit une chambre au château.

Mais Romagny était resté l'original d'autrefois et il déclara vouloir se contenter cette fois encore de sa hutte de charbonnier, dans laquelle il avait passé des heures si tranquilles et si heureuses.

Puis l'on parla du portrait de la baronne et il fut entendu que le sculpteur se mettrait à l'œuvre dès le lendemain.

On se sépara fort tard. Charaintru, qui s'intéressait fort au travail de son ami, promit de venir fréquemment surveiller l'exécution du buste et Pauline rentra chez elle, radieuse.

Elle n'était plus seule... Tout concordait pour favoriser le plan secret qu'elle avait conçu... Jamais depuis son retour à Bois-Peillot elle n'avait dormi d'un sommeil aussi calme...

Dès le lendemain, Romagny prit possession du grand salon à baie vitrée qui donnait sur la terrasse. C'est là que devaient avoir lieu les séances.

Romagny était un grand garçon d'humeur très franche, quoiqu'un peu enclin aux excentricités. Il plut tout de suite à Pauline par son allure bon enfant et sa gaieté de bon aloi.

Le baron affecta de laisser la châtelaine en tête à tête avec le sculpteur, de crainte, disait-il, d'empêcher sa femme de poser et de troubler l'artiste.