Son premier soin fut de laisser aller le débat, se contentant d'interjections telles que celle-ci:

—Mes amis!... Voyons!... Mes bons amis!

Il avait peine à croire que Romagny, ordinairement si poli et si doux, fût sérieux dans son incartade.

Vu les excentricités dont l'artiste était coutumier, ce n'était peut-être, après tout, qu'une scie d'atelier... Mais dans ce cas Charaintru la trouvait d'un goût déplorable.

Le baron n'était pas plus curieux que Charaintru d'envenimer l'affaire, mais que dire?

Romagny s'exaltait en parlant, prétendant que, si Pottemain avait brouillé le jeu, cela devait dénoter une habitude vicieuse; que jamais, même en jouant à deux sous la fiche, un homme du monde ne devrait se permettre d'aussi détestables plaisanteries; qu'il se croyait d'autant plus le droit de prendre la chose au tragique qu'aucun intérêt d'argent n'était sur le tapis; qu'enfin, lui, Romagny, mourrait de honte s'il était convaincu d'avoir regardé une seule carte à contre-jour.

Le baron jurait ses grands dieux qu'il n'avait rien fait de pareil et que Romagny rêvait tout éveillé; qu'ainsi l'insulte venait de la supposition de Romagny, nullement de ce qu'il avait fait lui-même.

Le sculpteur s'entêtant à dire qu'il ne remettrait plus les pieds à Bois-Peillot et marchant le premier, à grands pas, comme un obstiné qui ne veut rien entendre, le baron le suivait pour l'envoyer à tous les diables et Charaintru emboîtait le pas, en maudissant la sottise qu'il avait faite de reparaître dans ce damné château.

—Mes bons amis, fit-il enfin, essoufflé par cette course sans but, permettez-moi de vous dire que cette discussion stupide n'a pas le sens commun!

—Stupide! s'écria le sculpteur d'une voix tonnante.