—Il me semble par moment, en effet, que je rêve.
—Voyons, dit Raymond, en se rasseyant et baissant la voix, si je vous promettais... Sachez d'abord que mon logement se compose de trois pièces: deux chambres et une petite cuisine... Dans une des chambres, il y a un lit, une commode et quatre chaises; dans l'autre, il y a un divan, une table, deux chaises et un fauteuil. Si vous acceptiez la première, je me retirerais dans la seconde. Je n'ai plus ni père, ni mère, ni frères, ni sœurs. Je suis seul au monde. Vous pouvez passer pour une de mes sœurs que j'ai perdues, jusqu'au moment où vous aurez découvert une occupation.
—Eh bien, vous l'avouerai-je?... c'est cela que j'attendais, sans oser l'espérer! dit alors Marguerite avec une grâce enchanteresse. Votre sœur pour deux ou trois jours, rien que votre sœur!
—Merci! s'écria Raymond avec une explosion de joie, je vous promets la liberté avec le titre de votre choix, jusqu'au moment où vous me direz adieu... pourvu que vous gardiez dans l'avenir souvenance du pauvre nid... comme les hirondelles!
—Raymond Darcy, répliqua Marguerite, donnez-moi donc votre main!
Alors, ils se levèrent, elle appuyée au bras de Raymond, lui plus fier que l'hidalgo à qui un monarque espagnol a commandé de se couvrir en sa présence.
Ils gagnèrent ainsi, à travers la foule indifférente, la rue Caulaincourt, puis, parvenus au point où un hasard providentiel les avait fait se rencontrer:
—Où allons-nous? demanda Marguerite.
—Je demeure tout près d'ici, villa Girardon.
—Oui... en face de l'ancienne habitation de Mme Verdalle, la digne femme qui m'apprit jadis à lire et auprès de laquelle, dans ma détresse, j'espérais trouver un refuge... Elle est morte... et ma suprême espérance venait de s'envoler, lorsque...