C'était bien sa tête fine et intelligente, sa taille cambrée, sa démarche un peu indolente...

Ce qui le confirma dans cette opinion, c'est que la passante parut avoir remarqué l'attention dont elle était l'objet de sa part et il lui sembla qu'elle pressait le pas. Charaintru voulut en avoir le cœur net.

Bien que certain de ne pas s'être trompé, car son impression avait été trop vive et la ressemblance trop frappante, il emboîta le pas derrière l'inconnue, avec discrétion toutefois, de façon qu'il fût impossible à la jeune femme de s'apercevoir qu'elle était filée.

—D'ailleurs, pensait le vicomte, pourquoi ne serait-ce pas Pauline Marzet? Quelle preuve matérielle a-t-on de sa mort? Aucune. Il était de toute évidence qu'elle ne sympathisait pas avec son mari. Elle pouvait avoir une liaison. Qui dit que le jour où elle disparut si subitement un galant ne l'attendait pas avec un bon cheval à l'entrée de la forêt... On ne s'est aperçu de sa fuite que plusieurs heures après... On fait du chemin en une nuit!... Mais alors Romagny était au courant. Et ce cachottier-là qui s'obstine à ne rien dire!... Eh bien, je vais pousser ma petite enquête. J'aurai sans lui le fin mot de l'affaire... Il sera joliment attrapé... Car il n'y a pas à en douter, c'est bien la baronne que je suis... Plus je la regarde et plus ma certitude augmente!

Cependant l'inconnue s'était engagée dans la rue de Tournon, qu'elle remonta jusqu'au Luxembourg. Parvenue à la rue de Vaugirard, elle tourna à droite et, après avoir jeté un coup d'œil furtif derrière elle, elle entra dans une maison de bonne apparence.

—Bien! pensa Charaintru, la voilà remisée! Elle ne m'a pas conduit trop loin!

Il fit les cent pas quelques minutes, puis, s'armant de toupet, il s'introduisit à son tour dans la maison et s'adressa à la concierge.

—Pardon, madame, je crois avoir reconnu la personne qui vient de monter il y a un instant...

Elle est bien votre locataire?

—Oui, monsieur, répondit la vieille femme en regardant le vicomte d'un air soupçonneux.