—Pourrais-je savoir son nom?
—Pourquoi faire?
Charaintru comprit et, pour lever les scrupules de la mégère, il lui glissa vingt francs dans la main.
—Oh! madame, répliqua-t-il, c'est par curiosité. Je viens de vous dire que je crois avoir reconnu une personne de ma connaissance, mais n'étant pas sûr de ne pas me tromper, je n'ai pas osé me présenter à elle.
La vieille n'en demandait pas tant et elle dit tout ce qu'elle savait. M. Raymond Darcy, employé dans une grande Compagnie d'assurances, avait emménagé avec sa femme, depuis plusieurs mois. C'étaient des gens charmants, très bien considérés et sur lesquels il n'y avait rien à dire... La dame était professeur de piano. Ils occupaient tous deux un petit appartement au cinquième étage.
—Et tenez, ajouta la concierge, voici justement le mari qui rentre.
Charaintru ajusta son monocle, considéra le nouveau venu: un grand jeune homme d'une physionomie très ouverte et paraissant âgé de trente à trente-cinq ans environ.
—Ne dites rien, fit-il vivement, je m'étais trompé, je ne connais pas ce monsieur ni sa femme.
—Rien pour moi? demanda Darcy, en passant.
—Rien du tout! répondit la vieille.