Charaintru remercia son interlocutrice et se retira très perplexe. Décidément, il s'était trompé; ce n'était pas la baronne qu'il avait rencontrée, mais vraiment la ressemblance était bizarre et il se promit d'instruire Romagny de son aventure, mais il fut quelque temps sans rencontrer le sculpteur, et le hasard le mit un beau jour vers cinq heures en présence de M. de Guermanton, assis à la terrasse du café de la Paix.
C'était une heureuse rencontre. Peut-être allait-il pouvoir apprendre quelque chose. Il s'assit près de son ami et, après quelques phrases banales de politesse:
—Vous avez dû, dit le vicomte, recevoir un coup bien sensible de la mort mystérieuse de cette pauvre Pauline Marzet, qui a fait à Guermanton et dans tout le pays bourbonnais un bruit si considérable?
—En effet! répliqua le gentilhomme, dont le sourcil se fronça.
—Eh bien, mon cher, savez-vous ce qui m'est arrivé? reprit Charaintru avec une comique importance.
—Je le saurai quand vous me l'aurez dit, repartit Jacques. Encore une aventure extraordinaire?
—Et si Pauline Marzet n'était pas morte?
M. de Guermanton tressaillit. Mais il se contint et parvint à cacher son émotion.
—Vous l'avez rencontrée... peut-être? Vous allez encore me faire un de ces cancans dont vous êtes coutumier... Et où ça?... En partie fine, je parie... dans un restaurant de nuit?
Il sut mettre dans ses paroles un ton de persiflage qui, s'il ne convainquit pas le vicomte de sa sincérité, lui fit tout au moins penser qu'à l'exemple de Romagny, Jacques se moquait de lui.