Jacques reprit:
—Je vous demande mille excuses, mon cher Charaintru, mais je suis obligé de vous quitter... Je repars demain pour Guermanton et j'ai beaucoup d'affaires encore à régler...
—Alors, je ne vous reverrai pas? demanda le vicomte, qui eût donné gros pour rester.
—Non! non! Vous ne me reverrez pas! A bientôt! se hâta de répliquer le gentilhomme.
—Mes respects à Mme de Guermanton!
—Je n'y manquerai pas!
—Voilà, pensa le vicomte en regardant les deux hommes s'éloigner, une coïncidence bizarre! Et il y a là-dessous un mystère que j'éclaircirai en dépit de toutes les mauvaises volontés... Il est évident que Guermanton sait à quoi s'en tenir sur cette disparition qui n'en est pas une... Mais c'est une vraie porte de prison! C'est singulier comme le genre porte de prison prévaut dans la société d'à-présent! Depuis quelque temps je ne rencontre que des gens dominés par une idée universelle... Celle de me faire taire... ou de ne rien dire! Eh bien, je me passerai d'eux et j'en aurai le cœur net, car tout ceci est vraiment trop curieux!
—Alors, tu pars demain? demanda Raymond à son ami, dès qu'ils furent seuls.
—Non, mais je voulais échapper à Charaintru, qui est le plus insupportable raseur qu'on puisse rencontrer... Il ne nous aurait pas lâchés! dit Jacques.
La vérité était qu'à tout prix il avait voulu couper court à toute conversation entre les deux hommes et éviter ainsi une indiscrétion assurée de la part du petit vicomte.