—O mon ami... mon second père! murmura la jeune femme, qui sentait ses genoux plier sous elle.

Jacques comprit la défaillance de son interlocutrice. Il avança rapidement un fauteuil et fit asseoir Pauline, dont l'affaissement, sous le coup d'une émotion si longtemps contenue, était passagèrement complet.

—Je vous ai menti, quand j'étais à Paris, lui dit-elle dès qu'elle put parler; ici, je ne vous attendais pas encore, mais j'avais prévu que ce serait bientôt... et alors j'ai tremblé... Mais je me fiais au souvenir de votre affection... Je suis bien coupable, mais j'étais si malheureuse aussi!... Raymond a tout remplacé et il aurait tout pardonné, s'il savait tout!... Mais je ne lui ai dit que ce qu'il importait à son honneur et à sa tranquillité de savoir... Pour lui, je n'ai jamais été châtelaine de Bois-Peillot et je ne suis jamais morte!... Mais il sait, depuis notre arrivée ici, que je suis une esclave fugitive que le maître ne doit jamais revoir... Une femme mariée en rupture de ban... Raymond ne m'a pas repoussée... Quelque chose me disait que vous, l'auteur involontaire de tous mes maux, vous ne me repousseriez pas non plus... Si jeune et si ignorante de la vie... mariée à un assassin!...

En prononçant ces mots d'une voix entrecoupée, Pauline fondit en larmes. Entendant pleurer sa mère, le petit enfant se mit aussi à pleurer. Alors elle le pressa contre sa poitrine en le berçant avec tendresse.

Le fils de Raymond se tut et s'assoupit, et Pauline, en le contemplant, essuya ses pleurs.

—Comme je l'aime! murmura-t-elle de cette voix profonde que les mères ont toutes en parlant de leur enfant.

—Ainsi, dit Jacques en s'arrêtant à sa contemplation, Darcy ne connait point la baronne Pottemain?

—Pas encore! mais je ferai tout ce que vous ordonnerez! J'avais compté sur vous pour m'éclairer, pour me guider dans ma voie... Avais-je eu raison?

Pour toute réponse, M. de Guermanton prit la main que Marguerite Darcy avait libre et la porta à ses lèvres.

—Je sais, ajouta-t-elle, qu'au point de vue des lois ma situation est très grave et celle de mon enfant peut-être plus encore que la mienne... mais quel intérêt le baron, à qui j'ai laissé ma fortune par le fait de mon décès, aurait-il à persécuter une femme dont il n'a rien obtenu, ni bonheur... car enfin, je l'ai rendu malheureux... ni avantages sociaux, puisque j'étais sans famille, sans naissance...