—Il est vrai, dit Guermanton, mais la haine a sa logique et la vengeance est le plaisir des méchants!...

Au bout de quelques jours d'habitation sous le toit de Marguerite, M. de Guermanton reçut une lettre de sa femme.

Elle lui annonçait que, les vacances des enfants prenant fin, elle allait les reconduire à Paris. Ensuite de là, et puisque l'absence de son mari paraissait devoir se prolonger indéfiniment, elle se proposait de le rejoindre à Rouchamp.

L'inconvénient d'un voyage de Jeanne en Morvan apparut de prime-abord à Jacques.

Confident de l'extraordinaire aventure qui avait fait revivre en Marguerite Darcy la jeune institutrice, il sentit parfaitement l'explosion de jalousie à laquelle un pareil rapprochement donnerait lieu de la part de Mme de Guermanton et il résolut, pour la prévenir, de partir plus tôt qu'il n'en avait le projet.

Dans cette pensée, il répondit à Jeanne qu'il aurait le plaisir de la revoir chez elle à la fin de la même semaine, et, par manière de causerie, il lui demanda si elle avait quelque nouvelle de leurs voisins de campagne, du curé et notamment du baron Pottemain.

La réponse de Jeanne ne se fit pas attendre, mais elle était datée de Paris. Elle donnait des nouvelles du curé de Besson, disait que du baron elle n'avait plus ouï parler depuis le décès ou la disparition de sa femme et elle ajoutait:

«Dès mon arrivée dans la capitale, j'ai rencontré M. de Charaintru, toujours empressé et toujours bavard, racontant partout des histoires conformes à sa fameuse devise: les pieds dans le plat!

«Il affirme avoir rencontré à Paris notre ancienne institutrice Pauline Marzet.

«J'ajoute aussi peu de créance à l'aventure qu'à la plupart des potins du personnage, mais il est fort remarquable que cette confidence à vous faite, paraît-il, par Charaintru lui-même, mon cher Jacques n'ait trouvé nulle place dans aucune de vos causeries avec moi—d'autant plus que les circonstances qui accompagnaient cette soi-disant rencontre étaient au moins bizarres...»