C'étaient, en effet, M. de Guermanton et M. de Charaintru qu'accompagnaient le curé de Besson, rencontré fortuitement, et un inconnu.

Un de ces coups décisifs que la destinée fait entendre au seuil de l'existence comme pour nous avertir, sinon pour nous éclairer, vint retentir de la tête au cœur de la jeune fille.

Ce profil qu'elle apercevait à peine, dans lequel elle n'avait encore rien lu, cette silhouette inconnue, c'était le baron Pottemain.

Le baron était de taille moyenne et semblait d'une force athlétique. Il avait le type aquilin, l'œil à fleur de tête comme les Slaves, le front bas, très bombé, le menton droit et saillant, la lèvre supérieure très courte, à peine estampée par une moustache claire. Il était bien rasé et il avait donné aux broussailles de ses favoris le dernier coup que les jardiniers savent donner aux pelouses après la fauchée. Le nez était un peu gros; l'air de tête marquait l'audace et le regard la curiosité et ce genre d'inquiétude des gens qui veulent tout voir et ne se laissent pas regarder. Il était vêtu d'un élégant costume de chasse et il y avait en lui une recherche de formes qui veut corriger une brutalité native. Ses mains étaient puissantes et courtes, ses doigts carrés, mais son pied était cambré et petit.

Aucun de ces détails n'échappa à Pauline que le baron étonna en somme un peu par sa tenue et sa bonne façon.

Le curé de Besson était un vénérable vieillard aux longs cheveux blancs floconneux, sorte d'abbé Constantin à la physionomie fine et souriante.

M. de Guermanton et le baron marchaient en tête et, bien que, ne s'étant qu'entrevus autrefois, ils causaient avec cette familiarité du grand monde qui laisse toute latitude aux réticences, au fil même d'une conversation animée. M. de Guermanton qui était approchant du même âge que M. Pottemain paraissait plus jeune et en même temps plus franc.

Mais c'était là une impression de Pauline pouvant se rattacher à sa prédilection pour Jacques.

A dix pas du pont, ces messieurs aperçurent les deux dames. A leur aspect, le baron se découvrit et mit au jour une de ces calvities qui trompent souvent sur leurs causes, étant portées par les viveurs et les penseurs.

Le groupe n'était pas formé que déjà une étrange opposition entre l'aspect du baron et le miel de sa parole avait frappé la jeune fille.