M. et Mme de Guermanton serrèrent avec effusion la main que leur tendait la jeune fille.

—Considérez simplement, dit le gentilhomme, l'offre que nous vous prions d'accepter comme un remerciement et la marque de notre gratitude.

Le reste de l'hiver se passa d'une façon assez unie, bien que l'humeur de Pauline se ressentit de grands combats intérieurs. Son âme franche ne savait rien garder.

Tantôt elle se réjouissait, tantôt elle s'inquiétait et regrettait la liberté relative de la servitude pédagogique, servitude qui, après tout, n'est pas cimentée par le sacrement.

Cependant, le baron Pottemain écrivait de temps à autre à M. de Guermanton des lettres visiblement adressées à Pauline Marzet, mais qu'un excès de circonspection l'empêchait sans doute d'envoyer directement à la jeune fille.

Ces lettres, fort courtes et assurément très étudiées, étaient conçues avec une simplicité et une bonhomie apparentes qui intéressaient Pauline comme la correspondance d'un père ou d'un vieux parent.

Il lui restait à s'accuser du désappointement qu'elle éprouvait de ne pas y découvrir la passion, ce quelque chose qui fait vibrer la tête et le cœur.

—Voilà, pensait-elle, en quoi je suis folle; je voudrais trouver les transports d'un amoureux classique dans des missives dictées à un veuf de plus de quarante ans par une touchante et paisible amitié! Pourquoi gâter, en songeant au vin de Malaga, le goût piquant et sucré d'un verre de cidre?

Le mois de mars arriva; les bans étaient publiés, et l'expiration du délai de six semaines, accordé pour la célébration du mariage, tombait le 15 avril.

La correspondance du baron, après avoir été très active, cessa tout à coup pendant la dernière quinzaine de carême et Pauline resta sans nouvelles.