—Demandez voir au berger communau, fit-il enfin, en désignant à une portée de fusil un solitaire enfoui dans une vieille capote de soldat et occupé, sous une haie, à épucer un chien, tandis qu'un autre chien pareil battait la plaine pour assembler des moutons épars.

Le vicomte s'étant rendu à cet avis et ayant posé la même question au berger, celui-ci, sans remuer, considéra un instant son interlocuteur des pieds à la tête, d'un air sournois, puis:

—C'est pour rire, fit-il, et monsieur sait bien où c'est... puisqu'il y va!

—Si je le savais, repartit Charaintru impatienté, je ne le demanderais pas... Je n'ai nullement envie de rire.

Alors le berger qui semblait regretter ses paroles et qui les laissait tomber une à une comme des gouttes de liquide précieux, dit au voyageur:

—Y a deux routes..., une qu'était pavée dans les temps et qu'est pour les voitures... Quant à vous, prenez le sentier que voici. Y vous conduira core plus vite que le pavé à Bois-Peillot.

Puis il daigna entrer dans quelques explications presque nettes sur la façon de se diriger dans ce nouveau labyrinthe et le vicomte se remit en marche, maudissant chez son ancien ami une sauvagerie qui faisait ignorer sa demeure, même des habitants du pays.

Plus M. de Charaintru approchait du but, moins, à vrai dire, il en devinait l'existence, mais il ne pouvait plus interroger personne.

Sans autre guide que les explications du berger, il lui fallut suppléer par induction à leur insuffisance.

Il eut de grands découragements, puis aussi de grands ravissements soudains quand il atteignait des replats élevés plantés de grands chênes, d'où il apercevait des oiseaux de proie planant dans les nues et quelques lapins fuyards sur les mousses luxuriantes qui veloutaient les roches.