Au ministère:

Que M. Larroumet commence... qu'il change les termes de son rapport. Le ministre laissera faire... Il n'y voit pas d'inconvénient.

Et pendant huit grands jours, je fus ainsi renvoyé de Caïphe à Pilate, flanqué de mon ami Jules Brasseur, qui ne me lâchait pas, faisant la navette entre la rue de Grenelle et la rue de Valois.

Tout le monde consentait. Personne ne voyait d'inconvénient à ce que ma pièce fût jouée.

Personne ne voulut jamais prendre la responsabilité de dire: Allez!

Il est probable que si j'avais pu arriver à voir le ministre et lui expliquer de vive voix qu'on se fichait de lui et de moi, dix minutes d'entretien auraient eu raison de toutes ces difficultés.

Mais les ministres ne sont visibles que pour leurs directeurs! C'est par eux qu'ils savent ce qui se passe... Ils peuvent se vanter d'être joliment renseignés et conseillés. Ils ne se douteront jamais de ce que leur confiance en leurs subordonnés leur fait commettre de gaffes! Si, ils s'en doutent quelquefois, et M. Bourgeois l'a bien vu, au tollé général qu'a soulevé dans la presse la décision ridicule qu'il a prise en interdisant une pièce qu'il n'avait pas lue, sur le simple avis de M. Larroumet, une pièce qu'il a été tout étonné, deux jours après, d'avoir interdite.

C'est sur lui qu'on est tombé.

Et cependant on dit que M. Bourgeois, que je ne connais pas, est un homme d'idées très larges, très libéral, très droit. Mon Dieu! que serait-ce s'il avait des idées étroites?

—Et nous sommes en République! s'écrie un des personnages de ma pièce.