Mais je ne dis pas non, M. Larroumet! Je ne m'en plains pas, au contraire, bien que j'eusse préféré voir jouer ma pièce.

Et notez que je n'ai pas été seulement soutenu par les organes de l'opposition, ou les indépendants; mais la presse conservatrice elle-même a marché. Des journaux inconnus, invraisemblables, ont pris ma défense; des journaux catholiques comme l'Église de France, le Rosier de Marie, dont je ne soupçonnais pas l'existence, l'Observateur français, organe du Vatican.

Le rédacteur de l'Église de France s'exprime ainsi:

«Il est certain que dame Anastasie, personnifiée par trois fonctionnaires de la direction des Beaux-Arts, a des lubies inexplicables. C'est ainsi qu'elle se montre pleine de mansuétude pour ce qui regarde les cafés-concerts, tandis qu'elle réserve ses rigueurs pour quelques auteurs qui ont eu le tort de lui déplaire personnellement.

»On joue actuellement à la Scala une farce dégoûtante, et sans excuse, une ineptie qui a pour titre le Capricorne, que les censeurs patentés ont laissé passer sans sourciller et que la police devrait interdire comme un outrage permanent aux mœurs et à la religion.

»Je ne sais, ma parole d'honneur, à quoi songent les employés de M. Larroumet! Mais si l'on réfléchit qu'ils ont empêché la Comédie Française de représenter le Pater de François Coppée, on ne peut que se demander, en voyant le Capricorne, à quelle haine de sectaires ces gens-là obéissent.

»Il y a là dedans, à côté de saletés répugnantes et de cochonneries étalées au grand jour, une parodie insultante pour la conscience de la majorité des Français. L'un des personnages, le plus grotesque, naturellement, représente un séminariste qui chante des oremus au milieu des refrains libidineux de ses comparses.

»C'est un spectacle écœurant et honteux tout à la fois, car les auteurs de cette farce sans talent et sans esprit ne peuvent se vanter d'être des artistes. Ce sont des exploiteurs sans vergogne, qui flattent le public dans ses instincts les plus bas.

»Mais que penser des censeurs qui approuvent officiellement de pareilles infamies, ou du moins qui les tolèrent?

»Il n'y a pas deux façons d'envisager les choses. Ces censeurs-là ne sont que des censeurs complaisants et qui remplissent leurs fonctions tout au rebours.