Elles se divisent en deux grandes catégories: celles qui sont nées à Paris, et les provinciales ou les étrangères.
Celles qui viennent de province ont quitté généralement leur pays pour servir comme bonnes d'enfant, nourrices ou femmes de chambre, ou pour suivre un amant. L'amant les a plantées là, ou elles ont perdu leur place... Elles ont fait comme leurs camarades qu'elles rencontraient bien habillées et dont le semblant de luxe les a éblouies.
Les autres sont nées au faubourg; elles se sont élevées, ont grandi dans le logement étroit ou la chambre garnie de leurs parents, pêle-mêle avec leurs frères et sœurs, les enfants des voisins.
A dix ans, elles savaient tout; l'atelier a fait le reste. A quatorze elles disent «mon amant» en parlant du petit de la fruitière, un galopin de quinze ans. Ce n'est pas du vice; elles accomplissent une fonction naturelle; on ne s'est jamais gêné devant elles. Elles font ce qu'elles voient faire à leurs aînés. L'inceste, bien loin de leur apparaître comme une monstruosité, est fréquent à ce point que les cinq dixièmes des filles publiques nées à Paris ont eu pour premier amant un frère, parfois leur père.
Et elles vous racontent ces choses d'un ton uni, très tranquille, sans se douter qu'elles disent une énormité.
Si on leur reproche d'avoir un amant de cœur, elles vous répondent:
—On ne peut pas vivre seule dans la vie, il faut bien avoir quelqu'un à aimer.
Et c'est avec joie qu'elles donnent leur argent à celui qu'elles ont choisi. Elles sont par exemple d'une jalousie féroce; mais de leur côté, les amants ne toléreraient pas une infidélité gratuite.
L'autre, celle qui se paie, ne compte pas.
Beaucoup d'entre elles ont une probité particulière. J'ai entendu, non pas une fois, mais mille fois cette phrase: