—Vous pouvez aller aux renseignements, monsieur, je suis une honnête fille et tout le monde m'estime dans le quartier... Je n'ai jamais dégringolé personne!
Et par une absence de sens moral effrayante, elles en arrivent à considérer leur état comme une profession parfaitement normale, mais qui a ses risques comme les autres. J'en ai vu très souvent qui, loin de s'indigner d'avoir été arrêtées par les agents, s'étonnaient d'avoir pu rester un mois sans «descendre à la Préfecture».
—Voyons! un mois que je n'ai pas été emballée! Franchement, c'était bien mon tour!
Et qu'on ne dise pas que je prends pour exemples des cas isolés, que je ne cite qu'une variété de types populaires, la plus basse. Pas du tout! Dans le peuple, c'est partout la même inconscience, à des degrés différents. L'ouvrier qui travaille régulièrement préfère le concubinage au mariage, lequel n'est qu'une source d'embarras «dans le cas où on ne se conviendrait pas», en même temps qu'une occasion de dépense; il ne craint pas de boire un verre avec l'amant de sa fille, qu'il appelle son gendre; il le reçoit chez lui.
La seule honnêteté reconnue, c'est l'honnêteté naturelle, celle qui consiste à ne pas voler, à ne pas prendre le bien d'autrui.
Ceux ou celles qui tournent mal, sont, à mon sens, comme je le disais tout à l'heure, infiniment moins coupables que les criminels du grand monde, car ils n'ont eu pour les retenir ni l'exemple, ni l'excuse d'une vie aisée.
Aussi, je ne sais pas jusqu'à quel point il nous est permis, à nous, de jeter la pierre à des malheureux parce qu'ils se plaignent de l'injustice suprême qui condamne les uns à avoir faim tous les jours, alors que les riches, les braiseux de naissance, peuvent vivre sans être forcés de truquer.
Ces gonc's là, c'en a t'i de la chance,
a dit le chansonnier populaire Bruant, leur plus admirable interprète;
Ça mange et ça boit tous les jours!