. . . . . . . . . . .
Je n'ai pas besoin de faire remarquer que ce scénario ultra-réaliste rappelle par plus d'un point les sujets traités par les grands tragiques. La qualité des personnages, le milieu dans lequel ils s'agitent, la langue qu'ils parlent distinguent certainement les héros d'Eschyle, de Sophocle ou de Corneille, des individualités mises en scène par M. Méténier. Mais au fond nous retrouvons chez eux la férocité, le courage indomptable, le respect de la foi jurée, l'amitié dévouée jusqu'à la mort, le point d'honneur dont s'honorent et se parent les protagonistes des drames classiques. Je n'insiste pas sur ces rapprochements.

Le charme de La Casserole est tout entier dans la vérité de la mise en scène. Poussant jusqu'à l'exagération le scrupule artistique, la direction du Théâtre Libre avait engagé, à la représentation, d'authentiques rôdeurs de barrières, des poivrots sortis la veille de Sainte-Anne, des grinches momentanément sans ouvrage, et des apprentis escarpes. De ces bêtes humaines suant l'alcool dans des loques pittoresques, fournies certainement par un recéleur, s'exhalait une odeur très nauséabonde, que humaient à pleines narines detrès belles dames, en quête d'impressions vives. Mais ces spectatrices ont dû se contenter de ces satisfactions olfactiques, simple relent de crasse et de boue. Le dialogue ne dépasse pas, s'il l'atteint, les audaces de quelques romans modernes.

(Le Gaulois)

Et le spectacle s'est terminé par La Casserole, le clou de cette représentation unique.

. . . . . . . . . . .
Notre confrère Hector Pessard nous a affirmé que cette pièce était jouée par des repris de justice.

En ce cas, le Théâtre Libre ne serait pas seulement une chose malpropre; il deviendrait encore une chose dangereuse.

(L'Éclair)

C'est un grand tort de formuler un jugement au sortir immédiat d'une représentation. Je viens de reconnaître l'absolue justesse de cette vérité à propos de cette fameuse Casserole de M. Oscar Méténier, dont on a tant parlé ces jours derniers.

Si j'avais été obligé de donner mon avis sur ce drame des bouges aussitôt après la répétition générale, il est certain que j'aurais blâmé l'auteur; et voilà qu'après vingt-quatre heures de répit, je ne trouve plus que des éloges à lui adresser.

D'où vient ce revirement d'idées? Tout simplement de ce que, pendant ce court laps de temps, le drame poignant, sincère, qu'il y a dans l'œuvre, s'est dégagé des piments qui l'assaisonnent et qu'il m'est apparu dans le calme, tandis que, abasourdi, je l'avoue, au sortir de la répétition, par un dialogue auquel on m'excusera d'avoir mis quelques heures à m'habituer, je n'avais saisi que confusément les diverses péripéties par lesquelles l'action se déroule.