Mais il en garda sournoisement rancune à cette espèce de géant, qui seul avait conservé quelque influence sur Louise.
A mesure qu'il grandissait, la méchanceté et le cynisme de Jean s'affinaient, encouragés par l'aveuglement maternel.
A dix-huit ans, il était réputé sur tout le Voyage comme le plus fieffé garnement. Habitué de bals publics, coureur de guilledou, batailleur, débauché, joueur, il mettait toute son intelligence au service du mal.
Il avait lié connaissance avec les pires individus, et il s'était formé une sorte de cour, qui l'accompagnait sans cesse et à laquelle on pouvait toujours, sans crainte de se tromper, attribuer tous les méfaits dont les auteurs restaient inconnus.
Il exerçait sur cette bande, en raison de sa situation de fortune, une influence réelle et dont il se montrait fier. Malheur au garçon honnête et imprudent qui s'aventurait en sa société; entraîné par l'exemple, il devenait rapidement aussi taré que ses compagnons de plaisir.
C'est ce qui était arrivé à François Chausserouge, et au bout de quelques mois d'intimité, il n'avait fallu rien moins que l'énergique résolution qu'avait prise le vieux dompteur de quitter Paris pour arracher le jeune homme à cet entourage funeste.
Cependant François était de cinq ans plus vieux que le fils Tabary; mais son esprit faible et irrésolu avait vite capitulé devant le caractère allier et tout d'une pièce de son cadet.
Mais là où Jean Tabary exerçait sa tyrannie avec le plus d'âpreté, c'était dans l'entresort, dont la faiblesse de sa mère l'avait rendu maître absolu.
Il était positivement l'effroi de toutes les pensionnaires.
Une de ces malheureuses refusait-elle d'obéir à ses caprices, repoussait-elle avec indignation ses propositions, elle était impitoyablement chassée, non sans avoir essuyé mille avanies préalables.