Elle n'avait qu'une ressource, réclamer l'appui de Boyau-Rouge, l'associé de la patronne, qui voyait de très mauvais oeil l'importance croissante que prenait le jeune homme dans la maison.
Boyau-Rouge, depuis que l'entreprise avait réussi, était devenu un homme sérieux et il pensait justement qu'il est aussi difficile de conserver une situation acquise péniblement que de se la préparer.
Il en résultait des scènes terribles entre son associée et lui, dans lesquelles il donnait libre cours à sa mauvaise humeur et à sa violence naturelle.
Depuis longtemps du reste une certaine froideur avait remplacé l'étroite intimité qui avait régné entre lui et Louise Tabary.
Honteux du rôle qu'on lui faisait jouer, décidé à tout, même à rompre, s'il en était besoin, sa colère n'attendait pour éclater qu'une occasion favorable. Ce fut plus tôt qu'il ne le pensait.
Un jour que Jean réclamait le renvoi d'une pensionnaire qui lui avait résisté, il s'y opposa carrément.
—Cette femme, dont je suis très satisfait, restera chez nous, et il n'y a aucune raison pour que nous nous privions de ses services.
—Puisqu'elle a été inconvenante à l'égard de mon garçon... puisque Jean le désire?
—Je m'en fous! cria Boyau-Rouge, et d'ailleurs elle est dans son droit, cette fille... elle a été engagée ici pour travailler et non pas pour servir de passe-temps à un morveux, qui aurait encore besoin d'une bonne pour le moucher!... Je suis ici le maître autant que toi!... Ton Jean, je lui interdis à partir d'aujourd'hui l'entrée de la caravane des femmes... Il n'a rien à y faire! Sinon, c'est moi qui le sortirai, et sans mettre de mitaines!
—Jean me représente, riposta Louise Tabary, il a donc les mêmes droits que moi. J'ai besoin de lui pour défendre mes intérêts...