Le partage des fonds amassés en commun fut facile, Boyau-Rouge ayant exigé depuis longtemps qu'ils fussent convertis en valeurs.

Quant au matériel, on s'en rapporta à l'estimation d'un voyageur, choisi comme arbitre, pour éviter des frais.

Restait à régler la question du personnel, mais une première désillusion attendait là Louise Tabary.

Les engagements contractés par la Société Tabary-Debucher étaient résiliés de droit. On mit les pensionnaires, libres désormais, en demeure de choisir entre les deux associés.

Pas une d'elles ne voulut rester chez les Tabary; toutes optèrent en faveur de Boyau-Rouge, qui se vit ainsi à la tête d'un établissement prêt à fonctionner, tandis que Jean et sa mère avaient, restés seuls, tout un personnel à reconstituer.

Pour la première fois, Louise, qui sentait ses intérêts gravement atteints, s'emporta contre son fils:

—C'est par ta faute, entends-tu, que tout cela nous arrive! Voilà maintenant nos ressources diminuées de moitié et tout est à recommencer! Pendant ce temps, Boyau-Rouge va continuer seul, à notre nez, à notre barbe! Et Dieu sait si jamais nous parviendrons à former une troupe semblable à celle que nous perdons! C'est bien fait pour moi! Ça m'apprendra à être faible!

—Tu as tort, m'man! répliqua Jean en câlinant sa mère. Ne crains rien, va! Tu ne te repentiras pas de ce que tu viens de faire... C'était un coup de balai nécessaire! Y avait trop longtemps que ce Boyau-Rouge était de trop dans notre existence. Fie-toi à moi et tu verras! Les beaux jours reviendront... Nous retrouverons notre succès... et nous serons seuls à en profiter... C'était pour toi et non pour lui qu'on venait!...

Le père Tabary apprit cette scission sans étonnement. Néanmoins, il voulut demander une explication:

—Toi! tu vas te taire! dit Jean. Tu n'es bon à rien... On te donne à manger... à boire, du bois pour tes découpages, eh bien! fous-nous la paix!