Et le pauvre vieux, à demi gâteux, se tut, n'osant répliquer. Il avait peur de son fils.

Jean se mit en campagne.

Quelques jours après, il avait racolé, çà et là, dans les quartiers populeux, dans les bals de barrières, un premier noyau de pensionnaires, qu'il costuma en mauresques, et à qui sa mère donna les premières notions du métier. Il se procura aussi deux phénomènes, une femme géante et une naine.

Mais cela ne suffisait pas et combien paraissait mesquine cette nouvelle installation, en comparaison de l'ancienne, même en comparaison de celle de Boyau-Rouge.

La première campagne qu'il entreprit donna les plus mauvais résultats. Les Tabary mangeaient de l'argent.

Jean ne décolérait plus et, ce qui augmentait sa rage, c'était la vue du succès de son rival, dont l'établissement ne désemplissait pas.

Pour donner un appât aux clients, il engagea sa mère à se départir de la sévérité qu'elle avait toujours gardée vis-à-vis de ses pensionnaires. Quand on pourrait les approcher plus librement, on viendrait plus volontiers. Mais la latitude qu'on leur laissa ne tarda pas à dégénérer en licence. De véritables scènes de débauche se passaient dans l'entresort et la police en eut vent.

Deux avertissements n'ayant pas suffi, le commissaire du quartier sur lequel l'entresort était installé fit une descente. Le magistrat ayant trouvé, au cours de sa visite, deux pensionnaires mineures, prévint Louise Tabary que la Préfecture n'autorisait l'exhibition que de jeunes filles ayant vingt et un ans accomplis et qu'en cas de contravention à cet article du règlement, son établissement serait immédiatement fermé.

De même si le bruit du moindre scandale venait à la connaissance de l'administration.

—C'est idiot! déclara Louise Tabary, quand le commissaire fut parti, avec cela que j'avais vingt et un ans quand je suis montée la première fois sur l'estrade... Et je ne m'en porte pas plus mal pour cela!