—J'irai demain lui dire un petit bonjour.
—Ça lui fera plaisir. Et vous, père Vermieux, vous êtes content?
—Pas trop! pas trop! J'ai perdu de l'argent ces temps derniers. J'avais obligé ces gredins de Romillard, vous savez, le petit théâtre de Marionnettes... J'ai attendu trop longtemps... Bien contre mon gré, il m'a fallu faire vendre... je n'ai pas retiré mes frais... c'était trop tard... A votre santé, mes enfants!
Chausserouge et Jean trinquèrent ensemble et échangèrent un regard.
Les Romillard étaient de malheureux saltimbanques que les exigences de Vermieux avaient ruiné et qui mouraient littéralement de faim.
—Sais-tu, continua le terrible vieux en s'adressant au dompteur, que tu ne m'as pas l'air de faire beaucoup fortune? Ton costume, que je vois pendu là, dans le coin, est rudement loqueteux.
—Ah! qu'est-ce que vous voulez... Je n'ai pas eu de chance non plus... soupira le dompteur, et je suis logé à la même enseigne que les camarades... Depuis que j'ai perdu ma pauvre femme, dont la maladie m'a coûté les yeux de la tête, il m'est survenu toutes sortes de malheurs. Ma grande lionne est morte... Vous savez bien, Sultane, avec ses trois lionceaux... Encore heureux que ça s'est borné là et que mes autres bêtes n'y ont pas passé... De la viande malade qu'on nous avait livrée...
—Voilà ce que c'est de ne pas acheter de la bonne marchandise. On y perd plus qu'on y gagne, prononça Vermieux.
—Je comptais sur la foire du Trône pour me refaire un peu... Nous avons eu un temps abominable... on ne voit pas un chat, des recettes dérisoires. Et dame! ça coûte cher, une ménagerie à entretenir.
—Mais, interrompit Vermieux, tu sais que ton billet vient après-demain? Ton billet de trois cents francs?... Je pense que tu seras en mesure?