—Laisse-moi, je t'en prie! C'est impossible!
Impossible! Ce mot fouetta le sang du dompteur. Il serra à les briser les poignets de Louise Tabary, puis, penchée sur elle, et la regardant bien dans les yeux:
—Je te défends de prononcer ce mot-là! Tu n'en as pas le droit! Pourquoi as-tu été coquette avec moi?... Pourquoi m'as-tu encouragé? Pourquoi as tu excité mes sens?... Tout à l'heure, ces mots caressants... ces frôlements de genou, pourquoi?... Et à l'heure où je te demande de m'accorder ce que ta voix, tes gestes, ton attitude m'ont promis, tu te refuses! Tu me réponds:
—Impossible! Je ne suis pas libre! Pour qui me prends-tu? Penses-tu que j'ignore la vie? Dans un temps où tu étais encore moins libre, puisque Tabary était là, t'a-t-il été impossible de prendre Boyau-Rouge pour amant, à la barbe de tout le Voyage, et sous le nez même de l'autre. Et ensuite, quand tu as tenu toute seule ton entresort... t'es-tu gênée... Je ne veux pas que tu fasses la fière avec moi... Je t'en prie, Louise, je t'en prie!
Louise Tabary était une femme forte. Elle se dégagea de l'étreinte du dompteur et d'une voix dure et sèche:
—Eh bien! j'ai toujours fait ce que j'ai voulu! Mais jamais personne n'a rien obtenu de moi en s'y prenant comme toi... Oui, tout à l'heure, je ne sais quelles idées m'ont passé par la tête... Tu me plaisais et peut-être, si au lieu d'être brutal... Maintenant c'est trop tard.. c'est fini...
—Louise! Louise! implora le dompteur, ne me dis pas ça! Je ne savais plus ce que je faisais... Quand je suis près de toi... que je te respire... je ne suis plus maître de moi-même.
—Non, va-t'en! Il est tard et ta femme t'attend! D'ailleurs Jean va rentrer, va-t'en, je te dis.
—Mais plus tard!... Demain?
—Plus tard! demain, on verra! Mais aujourd'hui va-t'en!