—Je n'ai pas faim.

Chausserouge haussa les épaules, puis quand il eut fini, il se leva, prit son chapeau et se disposa à sortir.

Amélie s'arma de courage; elle se planta devant son mari:

—Tu ne seras pas trop longtemps absent, n'est-ce pas?

—Je serai absent le temps qu'il faudra, répondit-il en l'écartant.

—François, dit alors résolument la jeune femme, tu ne sortiras pas avant que nous ayons eu tous les deux une explication. Pourquoi ne m'aimes-tu plus?... T'ai-je donné des motifs qui puissent justifier l'abandon où tu me laisses... seule avec notre enfant malade... Réponds-moi? Est-ce que... tu en aimerais une autre?...

Le dompteur croisa ses bras sur sa poitrine.

—Ma chère Amélie, dit-il, je sais ce que j'ai à faire... Si tu veux que nous restions bons amis... il ne faut pas m'assassiner de tes questions, ni de tes reproches... Je suis en âge de me conduire...

—Tu ne vois donc pas que je fais tout ce que je peux pour ne pas te laisser voir combien le chagrin me dévore... Mais il est des heures où j'étouffe... Alors c'est plus fort que moi... Pardonne-moi!... Mais laisse-moi te parler! C'est l'amour que je te porte qui dicte mes paroles... François, tu es sur une mauvaise pente! Tu étais meilleur pour moi, avant notre rentrée à Paris. Si parfois tu me traitais durement, tu savais si bien me faire oublier tes duretés! Aujourd'hui, ce que j'avais prévu est arrivé... depuis que tu as introduit ici Jean Tabary...

—Tais-toi! Tais-toi! interrompit le dompteur. Je te défends d'accuser Jean Tabary! Il est mon aide, mon second! Il est un autre moi-même! Mais il n'est, en aucune façon, responsable de ma conduite! Encore une fois, je fais ce que je veux! Donc, trêve à tes pleurnicheries et laisse-moi passer!