Au moment où elle apparaissait devant les barreaux, Zézette avait interrompu l'exercice et elle tendait du bout des dents à la Grandeur un morceau de sucre que l'animal vint docilement et toujours «chantant» cueillir entre ses lèvres.
—Et ce n'est pas plus difficile que cela! fit Zézette en battant des mains, tandis que l'ours retombait sur ses quatre pattes. Tu vois, maman, avec la Grandeur, nous sommes une paire d'amis!... Maintenant à un autre!
—Ah! non, ça suffit! dit Chausserouge tout à fait rassuré maintenant.
Il saisit l'enfant, l'enleva dans ses bras et l'embrassa sur les deux joues.
—Maintenant sortons! fit-il, en voilà assez pour aujourd'hui.
—Déjà! dit Zézette d'un ton chagrin, déjà! Je m'amuse tant! Je n'ai donc pas été assez sage?
Et avant que son père ait pu s'y opposer, elle ressaisit son fouet, courut vers l'ours qui, dans un coin de la cage, se léchait les babines.
—Couchez-vous! allons, couchez-vous, monsieur la Grandeur!
Elle l'empoigna par une oreille, le bouscula jusqu'à ce qu'il se fût étendu à terre.
Alors, elle s'assit tranquillement entre ses pattes, la tête appuyée sur le ventre de la bête, tandis que de la main droite, elle lissait le plastron jaune et soyeux qui est la caractéristique de l'ours des cocotiers, puis, après une demi-minute de repos, elle se souleva sur un coude, baisa brusquement la Grandeur sur le museau et se releva prestement.