Vermieux avait bien pris ses précautions; il était armé contre lui et il pouvait à son gré lui causer, dès son retour, des embarras terribles... ou lui faire de nouvelles conditions telles qu'elles le mettraient complètement dans sa main.
Heureusement, il rentrait en France avec un numéro inédit à sensation, et dont il avait expérimenté à Turin l'excellence.
Il allait faire pâlir, avec le début nouveau de Zézette, l'étoile de ses concurrents, et il savait par expérience combien la vogue, même passagère, vous recale rapidement un homme.
Il ne prévoyait pas que le bruit de son affaire fût parvenu jusqu'à Grenoble et qu'il put avoir à se heurter de nouveau à des chicanes administratives.
Ce fut cependant ce qui lui arriva.
L'autorisation de séjour lui fut accordée sans difficulté, mais quand il présenta au visa son programme, on biffa au crayon rouge le numéro sur lequel il comptait tant.
Comme il s'étonnait et demandait des explications, l'employé de préfecture auquel il s'adressait se retrancha derrière l'article de la loi sur le travail des enfants, qui défend d'employer dans des exercices dangereux des enfants au-dessous de quinze ans.
Il eut beau arguer que sur tout le Voyage, dans les troupes d'acrobates, ou au théâtre, on utilisait des enfants très jeunes.
Il lui fut répondu qu'il était loisible aux municipalités de fermer les yeux ou de montrer une certaine tolérance, à leurs risques et périls, mais que dans le cas spécial, le maire et le préfet, d'un commun accord, se refusaient absolument à laisser paraître en public dans une cage de lions, une enfant de neuf ans; que déjà, à Milan, pareille interdiction avait été faite, à laquelle il avait dû se soumettre, à la suite d'un accident, et que, dans ces conditions, l'administration ne pouvait encourir une responsabilité aussi grave.
—Allons! pensa Chausserouge, c'est décidément une série à la noire!